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16.07.15

Ice Trail Tarentaise, ou l’aventure mentale

Courir en haute montagne, sur des glaciers, à 3600m d’altitude, dans un paysage minéral dépourvu d’arbre et donc d’ombre, est quelque-chose qui manquait à mon expérience de trailer. Et bien c’est à présent fait, puisque je reviens de Val d’Isère où j’ai pris part à l’Ice Trail Tarentaise qui servait de support pour les championnats d’Europe de Skyrunning.

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Cela faisait 2-3 ans que je voulais participer à cette course, la plus haute d’Europe (ça c’est ce qu’ils disent). Pour cette 5 ème édition, la météo annonce des chaleurs exceptionnelles et un enneigement très faible. C’est d’ailleurs la première fois que l’organisateur conserve l’ensemble du parcours. 65 km pour 5000 m de dénivelé positif. La distance n’impressionne certes pas tant que ça dans l’absolu, mais ajouté à l’altitude et au dénivelé qui correspond d’habitude plus à un format de 80 km, je vais vite me rendre compte de la difficulté de la tâche.

Mon réveil sonne à 2h30 du matin dimanche, dans mon bus, alors que je n’ai dormi que 5 heures. Je me prépare assez rapidement pour profiter du petit déjeuner offert par l’organisateur. A peine le temps d’avaler quelques tartines et 2 cafés que je me retrouve déjà sur la ligne de départ. Je croise quelques pointures comme Luis Alberto Hernando, vice champion du monde de trail ou encore Emelie Forsberg qu’on ne présente plus. Toujours agréable de côtoyer l’élite, ça donne l’impression d’être un élite soi-même….hum…

4h, le coup de feu retentit et voilà 650 coureurs qui s’élancent dans la nuit. On commence par un peu de plat, juste pour se persuader que la course ne sera pas trop dure et puis voilà, la réalité nous rattrape. Le sentier monte, je ne sais trop où, mais il monte. En fait, il monte juste de 565m de D+ pour redescendre aussitôt sur Val Claret, à côté de Tignes. On aurait pu aller directement par la route, on n’aurait pas eu de montée! Mais bon, faut pas oublier qu’il s’agit d’un trail, donc on monte.

Depuis Tignes, un chemin rocailleux va nous mener 1500 mètres plus haut, jusqu’au glacier de la grande Motte. Certes, le nom n’inspire pas grand-chose (quoi que…) mais le paysage en vaut le détour. Et quel détour! Au pied du glacier, chacun chausse ses Yaktrax, des sortes de petits crampons qui se fixent, avec un élastique, à la semelle de nos baskets, et c’est parti pour un peu de fraîcheur sur la glace. Oui, enfin, heureusement que j’ai mes lunettes de soleil et que je me suis badigeonné de crème solaire, parce qu’avec ce ciel dépourvu de nuage et la réverbération du soleil sur la glace, pour la fraîcheur, on repassera.

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Arrivé au sommet de la grande Motte (3584 m sur mon GPS), ça bouchonne un peu, forcément, on doit passer chacun son tour sur une échelle, installée là par un guide de haute montagne, qui enjambe une belle crevasse de 5-6 mètres de profond. J’ai presque envie de me laisser glisser au fond…pour un peu de fraîcheur.

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Puis, c’est la descente. Et là, je ne suis pas déçu, un vrai toboggan. Certains descendent sur leurs fesses, d’autres sur le dos (mais vu la vitesse et leurs cris de panique je crois que ce n’était pas voulu) et même un sur le ventre, la tête en bas (lui je suis sûr que ce n’était pas voulu…). Personnellement je préfère rester sur mes pieds et faire du ski, sans les skis.

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Arrivé au Col de Fress, à 2400 m d’altitude, je commence à sentir les jambes et souffrir de la chaleur. Ça fait seulement 30 km que je suis parti mais l’absence d’ombre et une petite brise trompeuse fait que je ne me rends pas vraiment compte que je suis en train de me déshydrater. C’est en allant uriner sur un caillou (à défaut d’arbre) et en voyant mon urine virant sur le brun que je me rends compte des dégâts. Il faut absolument que je boive des litres avant qu’il ne soit trop tard. Dommage, je n’ai qu’un litre dans ma poche à eau et je viens de quitter le ravito de Charvet où on m’a annoncé que le prochain était 18 km et 1600 m de D+ plus loin! J’essaie de rationner mon eau mais cela n’a aucun sens, je dois boire, et maintenant! Alors je bois, advienne que pourra! Et je bois encore, puis plus rien, ma poche est vide.

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En montant au col de la Rocheure, heureusement, je vais franchir plusieurs torrents. Alors je me remplis le gosier, puis ma poche à eau, puis je trempe ma casquette, puis à nouveau le gosier. Je vide ma poche à eau. Un autre torrent, je mets toute ma tête dans l’eau, je me remplis le gosier, puis ma poche. Après le col du Fond des Fours (qui porte bien son nom, en tout cas aujourd’hui, vu la chaleur) une longue descente assez technique et casse-patte nous mène jusqu’à la route du col de l’Iseran. Je dois encore courir, ou plutôt marcher, ou plutôt ramper sur cette route, pendant 2 kilomètres. Un bonne montée qui rappelle le Tour de France cycliste vu les inscriptions sur l’asphalte. Je finis par arriver au ravito suivant, au restaurant de la Cascade, bien hydraté certes, mais à moitié mort de fatigue. Le dénivelé est vraiment imposant, l’ombre devient un fantasme. D’ailleurs au ravito il y en a un peu, de l’ombre, environ 2 mètres carrés! J’essaie de manger un peu de solide, ce que je n’ai pas fait depuis le début. Ça fait presque 10 heures que je suis parti. Mais à part quelques abricot séchés, il n’y a rien. Alors je mange un gel, le dixième de la journée…

J’hésite à abandonner. Je ne suis en tout cas pas en état de repartir, surtout qu’un bonne montée de 700 m de D+  jusqu’à l’aiguille Pers (3386 m) m’attend. Je picore encore 2-3 biscuit et bois du Coca, beaucoup de Coca. J’hésite encore à abandonner. Pleins de choses défilent dans ma tête. Allez j’abandonne! J’enlève mon sac…puis le remets. Je sais que si j’abandonne je vais le regretter. Mes jambes vont encore assez bien. Je suis juste fatigué. Epuisé, éreinté. lessiver, j’essaie de trouver le mot le plus adéquat possible pour exprimer mon état mais ne le trouve pas. Je décide alors de piquer un petit somme de 15 minutes. Je verrai mon état au réveil et aviserai à ce moment-là. Je m’allonge la tête à l’ombre pour me rafraîchir le cerveau et les jambes au soleil pour ne pas trop me refroidir les muscles.

Après 15 minutes de somnolence réparatrice, je me sens carrément mieux. Toutes idées d’abandon ont disparues. Mais un autre soucis commence à me concerner, les barrières horaires. Alors que déjà plus de 200 coureurs on abandonnés ou ont été mis hors limite de temps, je me retrouve à 20 minutes de l’élimination. Alors je repars avec ce couperet qui va me planer au dessus de la tête tout le reste de la course. Mon mental est heureusement au top, merci à ma turbo-sieste, il faudra que j’y pense sérieusement pour l’UTMB dans un mois et demi.

L’ascension de l’aiguille Pers est un vrai calvaire. Du moins physiquement. Car c’est ma tête qui me porte, je crois que c’est la première fois que mon mental prend autant le dessus sur le physique. L’expérience vaut vraiment la peine d’être vécue. Plus j’avance, plus je me rends compte qu’à ce stade de l’épuisement seule la tête fait avancer, et plus je me rends compte de cet état, plus ça me motive. Je rentre dans une sorte de cercle vicieux où plus je suis physiquement fatigué, plus je me sens invincible.

En redescendant de l’aiguille Pers, la réalité va pourtant vite me rattraper quand un bénévole me dit qu’il ne me reste plus que dix minutes pour atteindre le prochain ravito, 1,5 kilomètre plus loin, si je veux éviter l’élimination. Non, ce serait trop bête! Ça ne doit pas se terminer ainsi! Je retrouve alors des forces insoupçonnées, puisées je ne sais dans quelle partie de mon corps et me mets à courir comme un dératé dans la rocaille, en évitant toutefois de finir une cheville fracturée. Ce serait encore plus bête. Je dépasse une bonne dizaine de coureurs à qui je crie qu’il reste 8 minutes, puis 5, puis 3, puis 2, puis….ouf j’arrive au ravito au 55ème kilomètre! J’ai 2 petites minutes pour me ravitailler et repartir avant l’élimination. Les sensations sont bonnes. Malgré ma situation critique au niveau horaire, quelque part au fond de moi, je sais que je vais finir la course. Je suis survolté. Nous sommes une dizaine à repartir en même temps du ravito alors qu’une bonne cinquantaine qui sont en train d’y arriver vont se faire éliminer. A 10 km de l’arrivée ça fait mal quand-même!

Nous attaquons, avec mes compagnons rescapés, la dernière ascension, 300 de D+ jusqu’à l’improbable tunnel Lessières (3000 m). Une bonne montée sèche, comme on les aime en fin de course… Constamment un regard en arrière, pour m’assurer que cette ligne invisible qu’est la barrière horaire, ne me rattrape pas, je donne tout ce que j’ai jusqu’au tunnel. Là, un bénévole m’annonce que c’est bon, que je n’ai plus rien à craindre, il ne reste plus que de la descente jusqu’à l’arrivée. Oui, mais 1300 m de dénivelé négatif! Comme si mes quadriceps avaient besoin de ça maintenant!

Je souffre un max dans cette descente mais je sais à présent que la partie est gagnée, je dépasse plusieurs coureurs comme c’est souvent le cas en fin de course où la joie me donne des ailes. J’entends à présent le speaker et les cris des spectateurs, là, en-bas, à Val d’Isère. Je franchis finalement la ligne d’arrivée dans un état d’euphorie et de libération indescriptible. Il va me falloir une bonne demi-heure pour retrouver mes esprits et mon souffle. Je suis trop content d’être arrivé à bout alors que j’étais si près de l’abandon et de l’élimination horaire.

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Je termine 312 ème sur 345, en 15h37′, soit à 33 minutes de la limite horaire. J’ai donc bien mis le turbo dans la dernière portion. Presque la moitié n’a pas terminé la course. Mais ce soir, plus que le classement, c’est d’atteindre la ligne d’arrivée qui m’emplit de fierté et de joie. Tout ça me donne confiance pour mon objectif principal de l’année, l’Ultra Trail du Mont-Blanc, fin août.

Place à une semaine de repos maintenant, puis va falloir que j’attaque sérieusement du dénivelé à l’entraînement.

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