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La Diagonale des Fous ou la folle remontée

Pour mon dernier gros objectif de la saison, la Diagonale des Fous aura tenu toutes ses promesses en tant que course que l’on décrit comme celle de tous les extrêmes. A commencer par sa situation géographique. Perdue au milieu de l’océan indien, la Réunion n’a de “voisine” que l’île Maurice (170km) et Madagascar (700km). Tout le reste du monde se trouve à des heures de vol.

Alors quand on vient de Suisse, voyez plutôt l’expédition :

Mardi 18 octobre 2016, 9h du matin, je quitte mon appartement pour prendre le bus direction aéroport. Midi, l’avion décolle, à l’heure, direction Paris. A Roissy-Charles de Gaule, 3 heures d’attente. J’ai les jambes qui picotent… 16h20, je décolle, à l’heure, direction l’ile Maurice, 11h40 de vol. Heureusement que mon siège est dans le couloir, je me lève presque toutes les demi-heures pour me dégourdir les jambes. Mercredi 19, 6h du matin heure locale, l’avion se pose à l’île Maurice, premier avant-goût des îles. Et là, Oh surprise, mon vol d’une petite demi-heure pour Saint-Denis de la Réunion a 3 heures de retard. Je dois donc attendre dans ce petit aéroport de 200m de long pendant 6 longues heures! Je fais donc d’innombrables aller-retours pour empêcher mes jambes de se congestionner. 12h20, l’avion décolle pour atterrir enfin, 30 minutes plus tard à Saint-Denis. Je saute dans un taxi, appelle ma logeuse, qui me remet aussitôt le studio que j’ai loué. Il est 14h et je pose enfin mes affaires. Ça fait 27h que je suis parti de chez moi. Mais ce n’est pas fini, je dois aller chercher mon dossard… à Saint-Pierre… à environ 80 km de là! Heureusement, un car express m’y mène en un peu plus d’une heure.

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Saint-Pierre, je m’immerge enfin dans l’ambiance de la course. Une demi-heure de queue pour retirer mon sésame ainsi que les innombrables cadeaux offerts par les sponsors! Je ne m’attarde pas, il faut absolument que je me repose, j’effectue les 20 minutes de marche qui me séparent de la gare routière au trot pour ne pas rater le car. Le seul que je trouve me mène à Saint-Denis en plus de 2 heures en s’arrêtant dans toutes les villes. 19h, cette fois-ci je me pose enfin… enfin pas tout à fait. Je n’ai rien mangé depuis belle lurette et n’ai surtout rien à manger. Heureusement je trouve un petit resto sympa dans la même rue, qui me sert un copieux plat de pâtes. Cette fois-ci, je crois que c’est bon, je peux enfin sereinement me concentrer sur la course et vais me coucher, éreinté.

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Jeudi 20 octobre, c’est le grand jour. Cette course, je l’appréhende. Je crois même qu’elle me fait peur. J’ai pourtant couru avec succès, il n’y a même pas deux mois, l’Ultra Trail du Mont-Blanc pour la 2ème année consécutive, mais le Grand Raid de la Réunion a sa réputation que nombre de trailers redoute. Les chiffres parlent d’eux-même; 167 km, 9700 m de dénivelé positif et autant de dénivelé négatif, un tracé hautement technique entre cailloux, racines, ravines, variations extrêmes de températures et de conditions météo en parfois quelques minutes. Interdiction d’utiliser des bâtons. Des dénivelés vertigineux qu’il faut gérer avec une fatigue extrême qui, à tout moment, peut nous précipiter 1000 mètres plus bas.

Mais la Diagonale des Fous a aussi une autre réputation bien plus réjouissante, son ambiance, ses bénévoles, son accueil, son public qui, avec une telle gentillesse nous traite tout le long du parcours de “Fous”. Car oui, nous qui nous lançons dans cette folle aventure sommes certainement un peu fous.

A 16h30, une colonne de cars quitte Saint-Denis pour Saint-Pierre avec des centaines de trailers (ou de raiders comme disent les réunionnais avec leur accent créole si chantant). Et oui, le départ de la course se tient à Saint-Pierre… mais cette fois-ci le trajet en car prend presque 4 heures puisqu’il faut ramasser tous les participants dans tous les villages de la côte. Les sièges sont inconfortables, mes genoux sont écrasés contre le dossier devant moi. J’ai de plus en plus hâte de courir…

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20 heure, après le contrôle du matériel obligatoire, je rentre dans le sas de départ. 2h à attendre! Là, il n’est plus question de faire des allers-retours pour se dégourdir les jambes, au contraire, je m’assois, ferme les yeux et essaie d’attraper les dernières bribes de capital sommeil qui sont disponibles. 21h30, les derniers coureurs entrent dans le sas. Nous sommes à présent 2548, chauds comme des boulets de canon à attendre le compte à rebours pour partir à l’assaut des cirques, pitons, ilets et autres ravines propres à l’ancienne île Bourbon.

10 minutes avant le départ, le groupe créole qui jouait sur la grande scène juste à côté s’arrête et laisse place à l’hymne du Grand Raid, une musique épique dont les basses nous prennent aux tripes comme à l’UTMB mais en dix fois plus dramatique. L’émotion est grande, j’ai de la peine à retenir mes larmes. Tant de sacrifices pour pouvoir être ici aujourd’hui. Des centaines d’heures d’entraînement, des milliers de kilomètres courus, par tous les temps, pratiquement tous les jours, à jongler avec le travail, et la vie de famille. J’ai de la chance d’avoir une femme qui comprend ma passion puisqu’elle court également.

Ça y est, cette fois les dix dernières secondes résonnent dans les gorges nouées de chaque coureur. 3, 2, 1, et la mèche fini par mettre le feu aux poudres. Je suis placé aux alentours de la 400 ème place et déjà des coureurs partent au sprint. Ça se bouscule, ça joue des coudes, on se croirait au départ d’un 10 km. Malgré les longues heures de voyage pour arriver ici, où j’ai dû ronger mon frein, la sagesse prend le dessus et me force à partir tranquille. On me dépasse de tous les côtés. Le public, amassé le long de la route, hurle à s’en décrocher la mâchoire. Parce qu’il faut le dire, cette course est le plus grand événement sportif et festif de l’île. Chaque réunionnais attend ce moment avec impatience. L’île résonne aux chants créoles pendant les 10 jours précédents le départ. Alors pour eux, c’est aussi une explosion d’énergie contenue pendant des mois.

L’ambiance est ainsi pendant les 5 premiers kilomètres qui longent l’océan. Des feux d’artifice crépitent, j’en ai les oreilles qui sifflent, il faut le vivre pour le croire. Ça ne fait pas une demi heure que je cours, que déjà j’ai envie de revivre ce moment. Le chemin quitte enfin le littoral pour s’engager dans les hauteurs à travers les champs de canne à sucre. Je m’arrête pour soulager un besoin pressant que je retiens depuis que je suis monté dans le car presque 7h plus tôt. Pendant les 20 secondes que dure l’opération, 200 coureurs au bas mot, me dépassent dans un nuage de poussière que leurs foulées dégagent. J’attrape un wagon et m’insère dans cette longue procession de frontales scintillant sur les contrefort du piton Textor.

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Au 14e kilomètre, je pointe en 1078e position au Domaine Vidot, le premier ravitaillement. Je me trouve dans le gros du peloton et il est difficile de dépasser sur les chemins monotraces que nous empruntons depuis quelques kilomètres. C’est pourquoi au pointage suivant, à Notre Dame de la Paix, au km 25, je suis encore crédité du 1083e rang.

Mon objectif principal est certes d’arriver au bout de l’aventure mais mes sensations excellentes du moment me poussent à écouter mon corps et mon esprit qui me disent d’accélérer. De plus, je constate depuis une année, que j’ai énormément progressé en ultra-trail, pour preuve l’UTMB cette année où je signe un temps de 8h inférieur à celui de l’an dernier.

L’ascension vers le Piton Sec (km 35) puis vers le Piton Textor (km 41) sous un magnifique ciel étoilé, me permet de dépasser pas loin de 300 coureurs pour figurer désormais aux alentours de la 800e place. Le jour se lève alors que je galope, libre, sur les sentiers qui sillonnent des paysages volcaniques à couper le souffle. Puis, nous quittons progressivement ces champs de lave solidifiée pour se retrouver dans des prairies. Les chemins ne sont pas pour autant faciles à arpenter. Partout, des cailloux, des trous et autres obstacles mettent les chevilles à rude épreuve.

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Quand j’arrive à Mare à Boue, au km 51, mon chrono indique 8h46 de course et le pointage me situe à la 671e place. Ma remontée au classement continue tranquillement alors que mes jambes ne ressentent encore aucune fatigue et mon mental est au beau fixe. Une ascension de 600m de dénivelé m’emmène ensuite à 2200m d’altitude à travers le magnifique coteau de Kervegen. A 360° nous sommes entourés de volcans. Nous empruntons ensuite une série d’échelles métalliques et plongeons dans une forêt. Puis une descente très technique et périlleuse nous mène 600m plus bas à Mare à Joseph. Le sentier est à flan d’une paroi verticale vertigineuse. Heureusement, que j’ai encore toute ma lucidité pour rester concentré et ne pas faire une chute de plusieurs centaines de mètres. Le moindre faux-pas ne pardonnerait pas. Tout à coup, à mi-chemin dans la descente, ça bouchonne. Ici, il ne faut pas avoir le vertige. A l’arrêt, on ressent encore plus l’impression d’être suspendu au dessus du vide. Alors que je commence à me demander quelle est la cause de ce ralentissement, une rumeur finit par arriver à mes oreilles: un gars a fait une mauvaise chute et semble mal en point. Quand j’arrive à la hauteur du blessé, deux bénévoles sont déjà en train de le prendre en charge. Il a le crâne ouvert et semble complètement hagard. Un médecin est apparement en route depuis Mare à Joseph. Le soucis est que tout hélitreuillage est exclus à cet endroit et le sentier est trop escarpé et périlleux pour porter le blessé. C’est sur l’inquiétude de savoir comment ils vont l’évacuer que je reprends la route.

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Après Mare à Joseph, le sentier descend encore au fond d’une ravine où nous traversons une rivière à gué. Le chemin remonte ensuite vers le stade de Cilaos où un gros poste de ravitaillement nous attend. Un sac d’assistance que j’ai confié avant la course m’attend ici. J’y avais mis un t-shirt de rechange, des chaussettes, de la crème anti-frottement, des gels et des habits chaud contre une éventuelle pluie. N’ayant besoin de rien et me sentant en pleine forme tant physique que mentale, je ne m’attarde pas et repars non sans avoir ingurgité quelques Coca, bouillons, saucissons, fromages et autres spécialités gastronomiques d’ultra-trailer.

En quittant le poste de contrôle, je me renseigne sur mon classement: 585e ! Incroyable ! Je n’en reviens pas, j’ai remonté de 500 places entre le 25e et le 67e kilomètre ! Gonflé à bloc, je pars à l’assaut d’une descente assez facile jusqu’à la rivière au fond d’une ravine. Cilaos se trouve au milieu d’un cirque, c’est-à-dire au fond d’un énorme cratère éteint depuis belle lurette et où la végétation très dense a pris le dessus. Où que l’on regarde donc, nous sommes entourés d’énormes parois verticales de plusieurs centaines de mètres. Impressionnant ! Et il va bien falloir sortir de là en gravissant une de ces parois… et c’est là que nous commençons l’ascension du fameux sentier du Taïbit. 1200 m d’un mur quasi vertical et quasi dénué de toute ombre. Il est midi et la température doit avoisiner les 35° C. L’enfer. Je discute quelques minutes avec un coureur qui connait ce col et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne trouve pas les mots pour me rassurer, loin de là. Qu’à cela ne tienne, je suis d’attaque et le distance rapidement pour me retrouver seul avec moi-même. C’est d’ailleurs ainsi que je me sens le mieux pour affronter ce type d’effort. Je bois une gorgée d’eau toutes les 5 minutes environ. L’ascension est épique. Tel Sisyphe, je me bats pour trainer ma carcasse au sommet. Et après 1h30 d’effort et de fournaise, j’y arrive enfin. Le col du Taïbit. Un vent froid souffle là-haut. Pas question de traîner ici, j’entame aussitôt la descente vers Marla à travers une magnifique forêt d’acacias. Ici commence le cirque de Mafate. Certainement le coin le plus sauvage et le moins accessible de la Réunion. Il est d’autant plus important de rester vigilant et d’éviter toute blessure invalidante. Cette descente de 500m est très technique et éprouvante pour les quadriceps.

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J’arrive à Marla, au ravitaillement installé dans l’ancienne école, partiellement entamé. Je m’empresse d’ingurgiter un maximum d’énergie pour repartir le plus vite possible. Le pointage électronique me plaçant désormais au 389e rang, je commence à nourrir les rêves les plus fous. Sachant qu’en général, avec un classement à la 250e place on descend sous la barre des 40 heures, je me fixe comme objectif de descendre au moins dans les 300 premiers. En prenant un peu de recul, je réalise que mon état de forme est particulièrement au top pour me fixer de tels objectifs à 87 km de l’arrivée, c’est-à-dire à même pas mi-parcours !

Alors que je quitte Marla, un hélicoptère que je n’avais pas remarqué, met son rotor en marche et décolle. Va-t’il chercher le blessé de la descente de Mare-à-Joseph? Son sort me préoccupe. Je me rends compte que j’aurais très bien pu être à sa place. C’est peut-être d’ailleurs grâce ou à cause de ce genre de situation que l’ultra-trail est un sport où les pratiquants ont autant de solidarité les uns envers les autres? Sommes-nous capables d’une plus grande empathie car nous vivons tous la même galère?

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C’est sur ces pensées que j’entame une succession interminable de montées et descentes plus techniques les unes que les autres. Impossible de courir ici, les racines, les cailloux et les franchissements de ravines empêchent toute accélération, à mon niveau du moins. 9 km et 2h20 de progression difficile plus loin, j’arrive au pointage du sentier Scout. Physiquement ça commence à être dur. Mon mental qui est toujours au beau fixe va devoir prendre le dessus pour gérer les différentes douleurs qui commencent à surgir.

Je repars aussitôt, avant de laisser le temps à mes muscles de se refroidir, et attaque la longue descente très casse-pattes de 800m de dénivelé jusqu’à Ilet à Bourse. Au bout de quelques virages, je dépasse une fille que j’ai déjà vu. Je la dévisage un instant et me rends compte qu’il s’agit de Jenn Shelton, l’héroïne du livre “Born to Run” de Christopher Mc Dougall, le fameux best-seller qui parle de l’histoire des Tarahumaras. Elle est très connue aux Etats-Unis où elle a signé quelques belles victoires sur des ultra. Elle a une réputation de coureuse infatigable, mais là, elle a le visage très marqué, elle a l’air cuite. Je vais d’ailleurs apprendre par la suite qu’elle va abandonner au prochain ravito à Ilet à Bourse que j’atteins après 20h16 de course à la 325e place.

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A partir de maintenant, la course va commencer à être très dure. J’ai hâte de sortir de cet infernal cirque de Mafate. Il ne me reste pourtant que 18 km pour en sortir mais la successions de montagnes russes où toute logique gravitationnelle et géométrique m’échappe encore, va me prendre 7h à franchir. La nuit vient de tomber à une vitesse fulgurante et l’interminable sentier qui mène à Roche-Plate voit une multitude de frontales se mettre à scintiller telle une procession de lucioles. Je regarde de tous les côtés et partout des lumières avancent. Mais impossible de dire si telle lumière se trouve devant, derrière, à droite, à gauche, en amont ou en aval par rapport à ma position. Suis-je sujet à des hallucinations ou est-ce que ce lieu est tout simplement pourvu d’une 4ème dimension ?!

A Roche-Plate, lieu que je ne pensais jamais atteindre, je décide de faire ma première micro-sieste depuis le départ, 24h20 plus tôt. Je somnole 5 minutes, j’ai peur de trop me refroidir dans cette fraîche nuit. J’entame donc de suite la méchante ascension vers Maïdo-Tête Dure. Cette montée, parsemée d’escaliers en bois avec des marches démesurément hautes est néanmoins motivante car, au sommet, elle marque la fin du Cirque de Mafate. Après presque 3 heures pour 7 kilomètres d’insoutenable ascension, un rasta m’accueille avec un Tupperware rempli d’accras à la morue. J’adore ça alors quand il m’en tend un je n’hésite pas. Des petits groupes de réunionnais entonnent différents chants créoles qui me remontent le moral. Le poste de Maïdo se trouve 2 kilomètres après sommet, dans la descente de l’autre côté. Je présente mon dossard pour le pointage: 258ème! J’ai gagné 50 places depuis Roche-Plate. Je n’ai pourtant pas dépassé autant de coureurs dans la montée. L’explication réside dans le fait que beaucoup de coureurs se sont arrêtés plus longtemps que moi pour se refaire une santé avant d’attaquer le Maïdo.

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Boosté à fond par ce classement, je quitte le ravito direction l’Ecole Sans-Souci, 14 km et 1700m de dénivelé négatif plus loin. Mais je déchante vite. Cette descente est un calvaire. Les quadriceps en feu, mes pieds sont devenus d’un coup très douloureux. Je fais tout pour continuer à courir mais je suis contraint par moment de marcher, la douleur étant trop forte. Après avoir parcouru la moitié de ce tronçon dans les racines et les cailloux, le chemin sort enfin de la forêt et s’élargit pour devenir assez agréable à arpenter. Mais la douleur devient insupportable.

Quand j’arrive à Sans-Souci, étonné de n’avoir perdu que 3 places au classement, je me rue vers le kiné et le podologue qui fait son travail ingrat de soigner des pieds qui puent et qui moisissent dans des chaussettes sales depuis plus de 30 heures. Pour faire les choses bien, sachant aussi que le jour ne va pas tarder à poindre, je m’oblige à faire une sieste de 15 minutes. Et bien l’effet est impressionnant d’efficacité. Je repars frais comme un gardon. Les grosses difficultés étant maintenant derrière moi, je poursuis ma route le coeur léger. Mais en consultant ma montre et en faisant quelques rapides calculs, je me dis que descendre sous les 40h reste possible. Je décide alors de relancer un peu en jonglant entre douleur et forme physique. En quittant Sans-Souci, j’ai également remarqué que les frères Laurent et Nicolas Jalabert s’y trouvaient également. A ce stade de la course donc, je me fixe 3 objectifs: terminer en moins de 40h, finir dans les 300 premiers et arriver avant les frères Jalabert.

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Mais la tâche est beaucoup plus ardue en pratique qu’en théorie. Il reste tout de même 39 km et 2400m de dénivelé positif à courir. Alors je freine mes ardeurs et traverse la Rivière des Galets en évitant de me faire une entorse. Après une succession de montées et de descentes insupportables, j’arrive à la Possession à la 291ème place. Mes 3 objectifs vont être durs à atteindre. Je pars de la Possession en luttant contre la douleur, la fatigue, la chaleur et bien d’autres maux encore. Seule ma détermination ne flanche pas. Elle n’a d’ailleurs jamais défailli depuis le départ et ne défaillira jamais jusqu’à l’arrivée.

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C’est alors que, tout à coup, je reconnais la voix de Laurent Jalabert derrière moi! Je me retourne, il me demande si je sais où se trouve le prochain ravito. Nous engageons alors une sympathique conversation qui tourne autour du cyclisme et de l’ultra-trail. Il me dit que ça fait un moment qu’il est cuit et que l’ultra-trail est trop dur pour lui car l’effort est trop long et qu’il a de la peine à gérer les nuits blanches. Si j’avais su, il y a quelques années, en le voyant remporter des étapes du Tour de France après 5 ou 6 heures d’effort qu’un jour il me dirait cela…

DCIM100GOPROGOPR1474.sympathique rencontre avec les frères Jalabert

Il me reste 21 kilomètres, un semi-marathon semé d’embuches. Je me lance dans l’impitoyable Chemin des Anglais, qui ne paie pas de mine mais s’avérera être une véritable épreuve pour les chevilles et les quadriceps. Il s’agit d’une longue succession de montées et de descentes d’une piste pavée de gros bloc de pierres volcaniques parfois plates mais bien souvent rondes, un véritable calvaire par 35°C sans ombre. Un vrai parcours du combattant. Quand j’atteins le pointage de Grande Chaloupe, je suis grillé comme une saucisse. Je remplis ma poche à eau qui était sèche comme un vieux puit tari. Mon classement? 281ème. Vais-je tenir sous les 300 pendant la dernière impitoyable ascension du Colorado?

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Je décide de donner tout ce que j’ai dans les derniers 14 km de course. La montée du Colorado est infernale, mais elle a un avantage sur toutes les autres, c’est que c’est la dernière. Au sommet, je suis crédité de la 290e place. Mon temps, 39h53. Donc si j’analyse la situation, les Jalabert sont derrière, je suis toujours sous les 300, par contre, il ne me reste plus que 7 minutes pour être sous les 40 heures. Je peux donc sauver 2 objectifs sur 3. Mais pour cela il va falloir s’employer. Parce que derrière, une brochette de trailers me colle au train. Je puise donc dans mes dernières ressources pour tout lâcher dans cette dernière descente ultra technique. Ça y est, je vois le Stade de la Redoute, qui d’ailleurs porte bien mal son nom puisque s’il y a bien un endroit qu’aucun coureur ne redoute, c’est bien le Stade de la Redoute, arrivée de la course. Je dévale les derniers hectomètres à tombeau ouvert pour finalement terminer ce Grand Raid au sprint en tout juste moins de 41h, en 40h58’51“. Mon classement? 287e! Les Jalabert? Il vont arriver 30 minutes plus tard!

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Cette fois, pour les réunionnais, je suis officiellement devenu un fou et ce statut m’emplit de joie, de larmes et de fierté. J’ai une pensée toute particulière pour ma femme et mes enfants qui n’ont malheureusement pas pu être là aujourd’hui mais qui m’ont accompagné toute la course à travers des sms. Si j’ai atteins la ligne d’arrivée, c’est surtout grâce à eux, ils ont constitué ma principale source de motivation et m’on permis de tenir bon dans les moments difficiles.

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avec François D’Haene triple vainqueur du Grand Raid

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Ce Grand Raid restera gravé en moi comme étant certainement la course la plus dure à laquelle j’ai pris part, bien plus exigeante et technique que l’UTMB. Les réunionnais sont incroyables, même au milieu de la nuit, dans les endroits les plus reculé du Cirque de Mafate il y en avait pour nous encourager avec leur chants créoles.

Place maintenant à une bonne nuit de sommeil réparateur avant de m’octroyer deux jours de repos à Saint-Denis… en pensant à la prochaine course…

2 commentaires

  • Le récit de votre Diagonale m’a passionnée et je reste admirative devant votre étonnante volonté de toujours vous depasser. Bravo!

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