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LE VOYAGE

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LE CARNET DE ROUTE

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SUR LA ROUTE DU CONNEMARA



Chevauchée celtique en terre gaélique.
1044 km autour de l’Irlande.






Ecrit en Irlande,
du 15 au 25 mai 2010
“Tu verras, ils sont très friendly“

samedi 15 mai 2010

Non sans éprouver une certaine tristesse, je laisse Anouk et Timo en Suisse pour m’envoler en Irlande. 10 jours de vélo sur cette île verte. Egoïsme ? Ça l’est certainement un peu. Mais l’appel de l’aventure est plus fort que moi. Et puis Anouk a avant tout envie que je vive pleinement ma passion. Je vais profiter de ces 10 jours pour me détacher du stress du boulot et pour me relaxer l’esprit. Faut dire qu’un bébé à la maison c’est une joie immense mais qui ne laisse pas de place à la méditation…

Après une sieste dans l’avion, j’atterris dans un Dublin ensolleillé mais venteux. Ça change de la pluie que la météo annonçait. Je récupère mes bagages et mon vélo et m’engouffre dans le premier taxi, direction le
camping. A peine le temps de fermer la portière que le chauffeur me bombarde de questions. Je le savais, Christian, mon pote irlandais m’avait prévenu, « tu verras, les Irlandais sont très friendly ». Très curieux de savoir si je voyage souvent à vélo, je commence à lui raconter mes aventures vélocipédiques, Islande, Balkans, etc. Très sympatique conversation. Une fois arrivé au camping, je réalise que la sympathie du chauffeur est inversément égale au prix exorbitant de la course : 37€ pour 20 minutes d’autoroute ! Plus cher qu’à Genève !

Arrivé à la réception, la conversation s’engage à nouveau très facilement. Le réceptionniste aime plaisanter et rigole de bon cœur. J’en profite pour lui demander s’il veut bien garder au chaud le carton d’emballage de mon vélo jusqu’à mon retour dans 10 jours, chose qu’il accepte sans hésiter. A peine je me dirige vers un emplacement pour ma tente, qu’une dame me demande si j’ai besoin d’un coup de main pour porter mes bagages. Merci, c’est gentil mais ça va aller.

Je plante ma tente dans un petit coin sympa qui grouille de mignons petits lapins. Apparemment, c’est normal, ils ont l’air de faire partie du décor. Et voilà que le monsieur de la tente d’à côté s’approche avec un grand sourire. Une nouvelle discussion s’engage. Décidément l’Irlandais est vraiment « friendly » ! Je vais avoir l’occasion de pratiquer mon anglais.
Le camping perdu

dimanche 16 mai 2010
Dist. Du jour : 127.06 km
Dist. Totale : 127.06 km
Trajet : Dublin – Blessington – Baltinglass – Tullow – Leighlinbridge – Gowran – Benettsbridge

Je me réveille à 6h au milieu des lapins. Pas un nuage à l’horizon. Il a certes pleuviné durant la nuit mais on peut dire que la météo s’est complètement plantée.

Il me faut un peu de temps pour prendre mes marques, charger mon vélo, plier la tente, etc. Le premier jour est toujours un peu difficile. Les premiers coups de pédales se passent bien, j’ai de bonnes sensations. Les trois kilomètres en montée à la sortie de Dublin n’entament pas mon moral, je suis heureux d’être là sur la selle, à la découverte d’un pays que je ne connais pas.

Je n’ai pratiquement rien mangé ce matin, une banane, un bout de pain et une sorte de jambon au poulet aggloméré qui, cela dit en passant, n’avait pas le goût du
poulet. Faut dire que le chicken burger avec des espèces de frites dégoulinantes que je me suis envoyés hier soir n’annoncent pas vraiment une semaine gastronomique. Je m’y attendais un peu…

Beaucoup de plaines, quelques montées et descentes, un lac, pas trop de traffic, un ciel qui s’est vite couvert sans pour autant lâcher une goutte de pluie, des Irlandais toujours aussi « friendly », voici en gros ma journée. 127 kilomètres plutôt faciles. Je n’ai en revanche pas vu un seul camping tout du long. J’en trouve finalement un, complètement perdu dans un petit coin bien sympathique, loin des routes et près de la nature sauvage. Il m’aura fallu plusieurs Irlandais pour m’indiquer le chemin. Je me suis demandé comment ce camping fait pour avoir des clients. D’ailleurs, la première question du réceptionniste était : « Comment avez-vous entendu parler de ce camping ? ».

C’est en m’arrêtant dans un pub à 10 kilomètres de là pour y manger encore du poulet, qui en avait le goût, cette fois-ci, que j’ai par hasard demandé : « Is there a camping site around here ? » La serveuse ne pouvant
me répondre, demande à la table d’à côté. C’est finalement tout le resto qui, de bouche à oreille comprend que je cherche un camping. C’est alors, une dizaine de personnes qui, « friendly » m’indiquent l’emplacement de ce camping perdu.

C’est là que j’y rencontre le premier cyclotouriste de la journée. Michaël, un normand. Lui, finit son séjour demain. 10 jours également. Il m’explique en gros son périple. Il a fait plus ou moins le parcours que je prévois de faire. Nous parlons de voyages à vélo, comme tous les cyclotouristes font entre eux. On partage ensuite une quiche que le réceptionniste du camping nous chauffe au micro-onde et notre conversation dérive sur la course à pied. Lui aussi court. On parle de marathon, de trails, d’entraînement, on a pas mal de points communs. Une très sympathique rencontre en tout cas.
No man’s land

lundi 17 mai 2010
Dist. Du jour : 105.42 km
Dist. Totale : 232.48 km
Trajet : Bennetsbridge – Waterford – Tramore – un peu avant Dungarvan

Après avoir grignoté le peu de nourriture qui traîne au fond de mon sac, je dis au revoir à Michaël et donne mon premier coup de pédale à 8h, à nouveau sous un ciel dépourvu de nuage. La route est identique à celle d’hier, pleins de petits virages à travers des prés verdoyants.

En passant devant une propriété, je me fais courser par deux chiens aux crocs saillants qui font resurgir en moi quelques vieux souvenirs d’Islande. Je donne 2-3 coups de pédales un peu plus appuyés pour échapper à leur estomac.

La route, ponctuée de quelques travaux et déviations me fait faire des détours pas très motivants. J’ai hâte
d’arriver au bord de la mer. Kilomètre 45, ça y est, j’arrive à Waterford, une petite ville de pêcheurs avec un port pas très beau. Je commence, en revanche, à distinguer quelques magnifiques falaises qui composent une grande partie de la côte sud irlandaise. L’océan, c’est grandiose, c’est immense, mais c’est surtout synonyme de vent. Pas de chance, le vent je vais l’avoir de face le reste de la journée. De nouveau, une petite pensée pour l’Islande. Certes, ici le vent est nettement moins violent mais quand-même suffisamment pour réduire ma vitesse de moitié et pour doubler mon effort fourni.

La petite route que j’emprunte est ponctuée de petites montées très raides, très casse-pattes mais a l’avantage d’avoir un panorama à couper le souffle. Des prés vert-émeraude où paîssent vaches et moutons viennent mourir au bout des falaises. Il n’y a pratiquement aucune voiture. Et aucun touriste non plus d’ailleurs. Même pendant la haute saison il ne doit pas y avoir grand monde, il n’y a en effet ni hotel ni resto. Je vais, en vain, chercher une petite épicerie pour me mettre
quelque chose sous la dent, mais rien. Je vais crever de faim et de soif pendant 60 kilomètres.

Quand j’arrive dans un camping un peu avant Dungarvan, je suis vidé, j’ai fourni un énorme effort toute la journée et n’ai quasiment rien ingurgité. Je plante vite ma tente et cours me réfugier sous la douche. Le Graal !

En arrivant au camping, j’ai vu une petite échoppe indiquant « Take Away ». Génial ! Je vais de ce pas m’acheter un hamburger-frites-salade pour le dévorer au bord de la mer, et bien non ! Le « Take Away » était en fait une vieille enseigne, où je n’y trouve rien d’autre qu’un vieux bout de pain, une bouteille de coca et une boîte de haricots qui vont composer mon dîner tant attendu. Je n’aurais pas cru que la nourriture ici allait être aussi problématique. Demain, il va vraiment falloir que je trouve un restaurant pour reprendre des forces.
Parenthèse médiévale

mardi 18 mai 2010
Dist. Du jour : 122.42 km
Dist. Totale : 354.91 km
Trajet : Bennetsbridge – Waterford – Tramore – un peu avant Dungarvan

Ce matin, non seulement il pleut mais en plus je n’ai plus de force, tellement je n’ai rien mangé de consistant depuis 3 jours. Tous les ingrédients pour être démotivé.

Tant pis, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Je vide mon sac et mange tout ce que j’y trouve, tant pis si la combinaison des denrées n’est pas des plus appétissantes. Yop, salami, reste de cheddar, pain toast, banane et un cookie. Il me reste un Mars que je garde pour plus tard. Je bois beaucoup d’eau et commence à plier ma tente détrempée.

Curieusement, malgré les jeunes qui ont festoyé toute la nuit non loin de là, j’ai bien dormi.

A 8 heures, je mets les voiles et m’engage sur les petites routes irlandaises, sous un ciel chargé et une pluie qui s’est transformé en bruine. Le vent, je l’ai toujours de face.

Aujourd’hui, j’aimerais bien avancer un bout de chemin. En effet, j’ai sous-estimé les distances et me suis rendu à l’évidence que je ne vais pas pouvoir visiter tout ce que je voulais. Hier soir, dans la tente, j’ai décidé de raccourcir mon parcours sinon je ne vais jamais arriver à Dublin à temps. Je laisse tomber le Ring of Kerry, qui est une route de 150 km longeant les falaises. En lieu et place, je vais voir les Cliffs of Moher, qui doit plus ou moins être le même spectacle, mais sur le chemin du Connemara que je ne veux en aucun cas manquer.

La route que j’emprunte ce matin m’emmène le long de belles rivières et de magnifiques villages celtiques, telle Lismore, qui me plonge dans une Irlande médiévale et ses châteaux. Le ciel noir ajoute un aspect dramatique au tableau.

A chaque petit village et leur carrefour, je dois faire
attention de ne pas partir dans l’autre sens, je ne me suis toujours pas habitué à la conduite à gauche.

A midi, je me dis que je vais me trouver un petit resto sympa, histoire de manger chaud. Rien à faire, les rares restos que je vois sont tous fermés ! Pourtant on est mardi ! Seuls les pubs sont ouverts, toujours. Je me trouve actuellement dans une région assez reculée et me demande si les choses reprennent vie en été quand les touristes arrivent. Finalement, je me dégotte, dans un supermarché, un bout de poulet tiède avec des country potatoes qui baignent dans de l’huile froide. Un vrai régal !

Arrivé à Mallow, je bifurque et me dirige vers le nord. Enfin je n’ai plus le vent de face, je l’ai même légèrement de dos, je file. J’emprunte une nationale qui me permet d’éviter les détours et j’ai enfin l’impression d’avancer. Ici les nationales ont une bande d’arrêt qui sert aussi de piste cyclable. Malgré le traffic on se sent assez en sécurité. Ma carte n’indique aucun camping à au moins 100 km à la ronde. Je me dis que c’est l’occasion de tester les fameux B&B (Bed & Breakfast).
Il s’agit en fait de particuliers qui mettent à disposition une chambre dans leur maison et vous cuisinent un petit déjeuner des plus irlandais.

Au kilomètre 122, j’en trouve enfin un à côté d’un resto ouvert ! Je vais faire d’une pierre deux coups. Je sonne à la porte de la maison, ouf ils sont disposés à m’accueillir. Ça y est, je rentre dans une vraie maison irlandaise. La dame est sympatique mais sans plus. Elle me montre ma chambre, on traverse un salon garni de meubles très kitsch et de tapisseries à fleurs très chargées, on gravit les marches recouvertes de moquette verte. Ma chambre est au fond, avec douche, toilettes et lavabo, le grand luxe. Après une journée comme aujourd’hui, la douche, le hamburger dans le resto d’à côté et un gros dodo dans un vrai lit, est un vrai bonheur.

Le hamburger du resto d’à côté, parlons-en. Je commande le home made beef-burger with fries and salad. Mmh, j’en salive déjà, après 3 jours de salami et de biscuits, j’ai hâte de manger une salade. Le hamburger et les frites arrivent mais pas la salade ! Je
demande à la serveuse : « Where’s my salad ?! » « Right there ! » me dit-elle en me montrant la branche de persil posée sur mes frites ! Y a pas à dire, ils ont une drôle de conception du plaisir culinaire en Irlande !
Full Irish Breakfast

mercredi 19 mai 2010
Dist. Du jour : 139.25 km
Dist. Totale : 494.16 km
Trajet : Newtown – Limerick – Shannon – Ennis – Ennistimon – Cliffs of Moher – Doolin

« Full Irish Breakfast ! ». C’est ce à quoi j’ai eu droit ce matin. Curieusement, j’ai bien aimé, ça m’a fait un bien fou et donné beaucoup de force pour entamer la journée. Café, jus d’orange, œuf au plat, 3 grosses tranches de lard grillées, 2 saucisses, 2 espèces de conglomérat de pâte de saucisse et de gras, un demi melon, 2 bananes, une pomme, quatre tranches de toast grillées, 2 tranches de pain complet, une petite tomate (tiens, un légume !), de la confiture et du lait. La dame était on ne peut plus fière de m’amener tout ça et avait l’air ravie de voir que je n’ai pas laissé une miette.

Du coup, ma journée vélo a démarré un peu plus tard que prévu, à 8h30. La route qui me mène à Limerick est une longue nationale toute droite, pas très intéressante
mais avec un bon vent de dos, j’avale les 40 premiers kilomètres à 26,5 km/h. C’est grisant.

Limerick est une très belle petite ville typiquement irlandaise avec un imposant château et un magnifique pont en pierre. Je casse la croûte, banane et Yop et reprends la selle aussitôt, emporté par le vent jusqu’à Ennis, 40 kilomètres plus loin.

Ennis est une ville jeune, universitaire, avec une succession de petites maisons pleines de charme. Les étudiantes et étudiants sont tous en uniforme et m’ont l’air assez disciplinés. Un petit coup de téléphone à ma copine pour me redonner de la force et j’enfourche à nouveau ma monture.

Prochaine étape, les fameuses falaises de Moher. Celles que l’on voit dans tous les guides et cartes postale de l’Irlande. Ça doit être très touristique, mais tant pis, si ça attire du monde, ce n’est pas pour rien.

Je croise le second cycliste d’Irlande, un irlandais. Pas très bavard, curieux pour un irlandais. Bref, j’arrive au
bord de la mer et vois le panneau « Cliffs of Moher, 10 km ». Les falaises faisant 200 à 300m de hauteur, je vais logiquement avoir une sacrée grimpette pour arriver à leur sommet. Ça ne manque pas. En même temps une bonne bruine bien épaisse vient taquiner le temps magnifique qui persistait depuis ce matin. La route monte et monte encore. Les lunettes embuées et le corps entier en sueur, j’arrive tel Robinson parmi la foule de touristes agglutinés dans le parking des falaises. Je laisse mon vélo et fais les derniers mètres à pied. La vue qui s’offre alors à moi est absolument à couper le souffle. Les falaises sont taillées au burin et surplombent l’océan atlantique majestueusement. La brume fait littéralement partie du décor, c’est grandiose. Je reste là une bonne demi heure à contempler le spectacle, c’est très ressourçant.

Je reprends mon vélo pour faire les 12 kilomètres qui me séparent de Doolin, où un camping m’attend. Le sol est détrempé, la bruine a doublé d’intensité mais quand je termine de monter la tente, l’intérieur est sec. Ouf ! Après une bonne douche, je me réfugie dans le pub du coin pour me manger un énorme hamburger-frites-
salade. Cette fois, j’ai droit à une vraie salade. Ça fait du bien de manger des légumes. Un jour de plus et je sentais que j’allais attraper le scorbut.
Galway la charmante

jeudi 20 mai 2010
Dist. Du jour : 106.01 km
Dist. Totale : 600.18 km
Trajet : Doolin – Fanore – Kinvarra – Kilcolgan – Galway – Spiddal

Ce matin, la brume est toujours là mais curieusement, tout est sec. Il n’y a même pas de rosée. Je plie la tente, charge mon vélo et démarre à 8h pile. Toute la côte ouest de la péninsule sur laquelle je me trouve est absolument magnifique. De temps en temps, le soleil semble laisser passer un rayon. Je m’arrête toutes les dix minutes pour prendre des photos. Du coup, ma moyenne kilométrique est plutôt faible pendant la matinée. Tant pis, j’avance tranquillement en admirant le paysage qui m’entoure. Des prés d’un vert émeraude, cloisonnées par de petits murets en pierre, laisse de temps en temps la place à de grandes étendues de roches plates qui vont jusqu’à l’océan telle une plage. Deux fjörds se succèdent me rappelant quelque peu l’Islande.

Le soleil commence à vaincre la brume et la température monte sensiblement. Du coup, je transpire bien dans les montées et descentes qui se succèdent inlassablement. Mais ce petit paradis irlandais ne peut pas durer éternellement. Voilà que je finis de contourner la péninsule et me retrouve sur la nationale qui file tout droit sur Galway. Vingt kilomètres de voitures et de camions qui me harcèlent.

Arrivé à Galway, je me dis que ça en valait la peine, cette petite ville est magnifique. Elle est idéalement placée à l’intérieur d’un petit golfe. Un charmant petit port entouré de maisons multicolores et une longue plage font que je m’y sens bien. J’appelle ma copine pour être tout à fait bien.

Galway se trouve à l’entrée du Connemara. Cette région que tout francophone connaît grâce à Sardou, sans vraiment pouvoir la situer. Et bien voilà, j’y suis. Dès demain, si le temps persiste, je vais traverser cette région. Pour l’heure, je roule encore vingt kilomètres le long de la côte avec un bon vent de face. J’arrive à Spiddal où se trouve le dernier camping avant un bon
moment. Le camping est en travaux, tant pis, je plante ma tente quand même, je suis tout seul et suis entouré de pelles mécaniques et de tas de gravats. Les douches ne fonctionnent pas mais je me fais un brin de toilette au lavabo.
Le Connemara

vendredi 21 mai 2010
Dist. Du jour : 101.78 km
Dist. Totale : 701.97 km
Trajet : Spiddal – Ballynahown – Maam Cross – Clifden – Letterfrack – Gowlaun

Un groupe de motards hollandais est arrivé hier soir dans le chantier qui me sert de camping. Ils ont planté un énorme tipi à 20 mètres de ma tente et sont gentiment venus me proposer de leur Whisky. J’ai gentiment décliné l’offre, en effet, je me voyais mal siffler du Whisky après la journée de vélo que je venais de me taper et surtout en prévision de celle qui j’allais avoir le lendemain. J’ai quand même accepté de leur café. A 20h30 je les laisse à leur breuvage et retourne à ma tente me coucher. Il se met à pleuvoir.

Ce matin tout est détrempé mais il ne pleut plus. Je sors de la tente vers 6h30 pour faire ma toilette et prendre mon petit déjeuner et je vois que les motards sont déjà en train de se préparer un thé. Ils m’invitent. Je les en
remercie car je ne veux pas trop tarder avant de pédaler, plus je commence tôt plus loin je vais et les motard me comprennent.

Aujourd’hui, j’ai le choix, soit de faire une petite boucle dans le Connemara et de bifurquer direction Dublin afin d’y être dans trois jours, ce qui me laisserait une journée complète à visiter la capitale, soit je m’engouffre tout à fait dans le Connemara jusqu’à l’extrême ouest. Cette deuxième option me fait faire une centaine de kilomètres supplémentaires et une journée de vélo en plus. J’hésite vraiment. L’endroit où je devrai prendre la décision se situe à 40 kilomètres d’ici au croisement de Maam. Ça me laisse le temps de réflechir.

Je longe encore un peu la côte et bifurque au nord, sur une route qui traverse les grandes plaines du Connemara. Il y a un petit goût de bout du monde par ici. Une multitude de lacs viennent tacheter ces grandes étendues et de vertes collines assez abruptes viennent briser l’horizon. Plus je me rapproche du croisement de Maam, plus mon choix se dessine.

Kilomètre 40, au croisement en question, plus aucun doute ne plâne, je veux faire durer le plaisir. Comment quitter le Connemara en l’ayant à peine vu ? Je prends à l’ouest et m’éloigne encore un peu de Dublin…

De temps en temps, depuis la route, je vois des paysans découper des briquettes de tourbe à même le sol. Les irlandais les utilisent pour chauffer leur maison. Au fil des siècles, la tourbe s’est ammassée par couches successives jusqu’à atteindre parfois plusieurs mètres d’épaisseur.

Le temps est gris, parfois le soleil perce pendant deux minutes. Le vent n’est pas très fort, je roule bien. Il n’y a que très peu de trafic. Je me sens libre. Il ne doit pas y avoir beaucoup d’endroits dans cette Europe surpeuplée où l’on se sent aussi minuscule que dans l’immensité de cette nature vierge.

Au bout de 40 kilomètres de pur bonheur, j’arrive à Cliffden, sur la côte ouest du Connemara. C’est un joli petit village de pêcheurs. Je n’ai encore jamais entendu parler gaélique, pourtant dans la région, tout est écrit
dans cette langue des ancêtres qui n’est plus parlée que par 3 – 4% de la population. Les panneaux routiers, les enseignes, les publicités, tout est en gaélique. Je m’arrête au pub du village et m’envoie un énorme hamburger d’agneau avec frites et une vraie grande salade. Au début j’étais tenté par un bon gros poisson mais quand j’ai vu d’autres assiettes défiler avec une espèce d’épaisse sauce blanche qui recouvre les saumons, j’ai préféré renoncer.

Il est 13h quand je sors de table et je suis bien câlé. Je reprends néanmoins la route pour m’offrir à nouveau une virée paradisiaque le long de la côte. Falaises et plages se succèdent, m’obligeant à alterner montées et descentes. A peine vingt kilomètres plus loin, alors que le hamburger qui me pesait sur l’estomac n’est plus qu’un souvenir, j’arrive dans un camping qui est certainement situé dans le plus bel endroit de toute l’Irlande. Je me trouve dans une énorme crique d’où l’on voit, au loin, une multitude d’îles. Le terrain du camping arrive jusque sur la plage de sable fin qui s’étend en demi-cercle sur environ 5 kilomètres. Grandiose !

Il n’y a en revanche aucun magasin aux alentours, heureusement que j’ai fait le plein de victuailles tout à l’heure à Cliffden. Je vais occuper le reste de l’après-midi à me promener sur cette plage déserte, à bouquiner et à prendre des photos. Au camping il y a juste une caravane avec un vieux couple d’anglais. Autrement, personne à l’horizon à part des moutons et des chevaux. Le paradis. Ce soir, je vais m’endormir au son des vagues.
Knock la pieuse

samedi 22 mai 2010
Dist. Du jour : 97.94 km
Dist. Totale : 799.91 km
Trajet : Gowlaun – Leenane – Finny – Ballinrobe – Claremorris – Knock

Ce matin, c’est les moutons qui m’ont réveillé. Ils avaient l’air en pleine conversation à 6h déjà. Quand je sors de la tente, ils n’ont même pas l’air de me remarquer. Du coup, je me prépare plus tôt. Mon petit rituel matinal est avancé d’une demi-heure.

Il n’y a absolument pas un nuage dans le ciel, j’ai beau chercher, je n’en vois aucun. Entre le son des vagues, une vue imprenable et un temps magnifique, que demander de plus ? Je verrais bien ma copine et mon fils. Ils me manquent. Mais je n’ai pas à me plaindre, personne ne m’a obligé à venir ici.

Sur ces réflexions, j’enfourche mon vélo pour continuer sur la même route qu’hier mais qui tourne pour se
diriger vers l’est. A partir de maintenant, les trois jours qui me restent vont être consacrés à retourner sur Dublin.

Les 30 premiers kilomètres de la journée traversent le Connemara à travers plaines, collines et lacs. Etant donné l’heure très matinale, je croise en tout et pour tout deux voitures et un tracteur. Le soleil tape fort et je m’arrête dans une petite épicerie perdue au milieu de nulle part pour acheter de la crème solaire. La route est très vallonnée et je suis constamment en train d’appuyer sur les pédales pour hisser mon chargement d’une quinzaine de kilos en haut des collines. Ça me lessive. En plus, j’ai un léger vent de face qui rend l’effort plus intense.

Depuis que je suis dans le Connemara, je sens une odeur assez particulière, difficile à décrire, qui ressemble à un mélange de mousse et d’écorce humide. Je pense en fait qu’il s’agit de l’odeur de la tourbe. Dans le Connemara, je n’ai vu aucune agriculture, il y a principalement de l’extraction de tourbe et de l’élevage de moutons, vaches et chevaux. Bien que ce soit une
région absolument magnifique, elle n’est pas propice à l’habitation, elle manque de ressources. Tant mieux, ça permet de mieux préserver la nature, et moi je profite d’autant plus de sillonner ces plaines sauvages.

Arrivé un peu avant Conga, le retour à la civilisation se fait sentir, Il y a un peu plus de véhicules et les villages se succèdent. Aujourd’hui, j’ai prévu d’aller à Knock, il y a un camping. Il n’y en a pas beaucoup des campings en Irlande. Je pourrais choisir un autre itinéraire et dormir dans un Bed & Breakfast mais ce n’est pas le même budget, c’est 4 à 5 fois plus cher. Je pourrais aussi demander à l’habitant si je peux planter ma tente sur son terrain, paraît-il que ça marche assez bien, mais c’est soit je me retrouve dans un champ de vache soit dans un jardin qui ressemble à un green de golf et que je n’oserais abîmer.

Bref, après 30 kilomètres de nationale, j’arrive à Knock complètement knocked out. Je n’ai pourtant pas roulé autant que les jours précédents mais le soleil, le vent de face, le profil vallonné et l’accumulation d’effort sans repos depuis 7 jours ont eu raison de moi.

En arrivant, je découvre que Knock est un lieu de pèlerinage, il doit y avoir une église pour deux maisons, une dizaines de magasins de babioles religieuses très kitsch qui se suivent et il n’y a que des personnes âgées. Je dois dire qu’avec mon vélo chargé de sacoches toutes poussiéreuses, le visage en sueur, la peau toute bronzée et le nez qui pèle, je dois leur faire penser à une apparition mais pas très divine.

Je trouve le camping, qui n’abrite également que des personnes âgées et qui ressemble à un parcours de golf. Pour moi ce qu’il y a de divin à Knock, c’est la douche. Tant attendue et finalement exaucée. Je remercie le pommeau de douche pour cette eau bénite et laisse mes affaires dans la tente pour aller faire un tour au village. Je crois bien que je ne vais pas résister à la tentation du hamburger-frites-salade. Ça y est, j’ai péché, je n’ai fait qu’une bouchée du hamburger.
Les campagnes désertées

dimanche 23 mai 2010
Dist. Du jour : 137.91 km
Dist. Totale : 937.83 km
Trajet : Knock – Castlerea – Roscommon – Lanesborough – Ballymahon – Mullingar

Ce matin, quand je quitte le camping à 7h40, tout Knock dort encore. Je sors du village et emprunte la nationale qui se dirige à l’est. Au bout d’un quart d’heure, je me dis que je n’ai toujours pas croisé âme qui vive. Je sais qu’on est dimanche mais quand-même. Il n’y a pas un nuage dans le ciel et le soleil tape de face, comme s’il me disait de le suivre. Je me suis badigeonné d’une double couche de crème solaire mais je sens que je vais noircir.

La route est assez roulante et je maintiens une bonne moyenne. Aujourd’hui j’ai prévu de faire pas mal de kilomètres pour me rapprocher un maximum de Dublin. J’ai repéré sur la carte un camping un peu au sud de Mullingar, à peu près à 130 kilomètres d’ici. Tant
que ça roule bien, je me dis que je vais enchaîner un maximum de kilomètres avant midi, en faisant un minimum de pauses. Ça tombe bien, vu le paysage monotone, je n’ai pas besoin de faire de pauses photos. Aujourd’hui est une journée entraînement sportif et non tourisme, je me dis que ça va m’entraîner le mental en prévision d’une course à pied de 100 km à laquelle je participe dans trois semaines.

Rouler sur ces longues nationales toutes droites est le moment d’observer pas mal de choses. Je remarque que le long de la route, il y a énormément de maisons, soit en vente, soit abandonnées. Faut dire qu’en dehors des grandes villes, c’est-à-dire Dublin, l’Irlande est principalement composée de régions très reculées. Il n’y a rien à faire. Les gens fuient-ils ces régions ? J’avais remarqué ce même phénomène mais de manière plus flagrante, en Islande.

Au bout du 50ème kilomètre, je commence enfin à croiser une voiture par-ci par-là. Incroyable pour une route nationale ! Je m’amuse à regarder les conducteurs derrière leur volant. Environ une personne sur 10 me
fait un signe. J’avais remarqué ça depuis quelques jours. C’est Michaël, le normand, croisé en début de voyage, qui m’en avait parlé pour la première fois. Le geste est discret mais bien là. Au moment de me croiser, ils lèvent juste l’index de la main qui se trouve sur le volant, sans lâcher celui-ci. Il font tous ça. Aucun d’eux n’a une façon personnalisée de faire signe au volant, tous sans exception font pareil. Faut croire que ça fait partie du langage irlandais.

Une autre chose amusante que j’ai remarquée est que, quand je croise un piéton, il fait un mouvement de la tête à la manière d’un spasme, comme s’il voulait se débarrasser d’une mouche sur l’oreille sans s’aider des mains. Plusieurs fois je me suis dis, tiens, il y a beaucoup d’irlandais qui ont des problèmes neurologiques ou des tics ! Et bien non, là aussi c’est un langage particulier des irlandais, c’est une façon de saluer. Ailleurs en Europe, on aura plutôt tendance à lever le menton et les sourcils pour saluer, ici on fait un spasme de la nuque.

Quand je m’arrête à Ballymahon à 12h20 pour manger
un morceau, mon compteur indique déjà 95 kilomètres. Une bonne chose de faite. Après mon casse-croûte, j’ai un peu de peine à démarrer, j’ai les jambes lourdes, le soleil tape fort, la région est de plus en plus vallonnée et en plus, une déviation m’oblige à faire un détour de 5 kilomètres. Bref, les derniers kilomètres sont vraiment durs. Quand j’arrive au camping, je suis noir et complètement lessivé. Après une bonne douche, je m’envoie le désormais traditionnel hamburger.
Retour à Dublin

lundi 24 mai 2010
Dist. Du jour : 107.39 km
Dist. Totale : 1044.23 km
Trajet : Mullingar – Tyrellopass – Kinnegad – Enfield – Kilcock – Maynooth – Dublin

Ce matin, il fait gris et frais mais ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’il y a un violent vent d’est. Et moi, je vais à l’est. J’essaie de ne pas trop y penser pendant que je prends mon petit déjeuner et que je charge mon vélo. En plus il ne me reste plus que 70 ou 80 kilomètres avant Dublin, donc un dernier petit effort pour boucler la boucle.

Quand je démarre, je me rends vite compte que la journée ne va pas être facile. Moi qui ai prévu d’arriver à Dublin avant midi, il va falloir que je révise mes plans. Surtout quand au kilomètre 30 je vois le panneau « Dublin 76 km » ! Je me suis complètement planté dans mes calculs ! Bon, il va falloir pédaler jusqu’au bout !

Le ciel commence à se dégager et le soleil vient me réchauffer le cœur, c’est déjà ça. La route est pareille qu’hier, de la nationale très monotone, je ne fais aucune pause photo. Il y a cependant pas mal de trafic, faut dire qu’on est lundi.

En roulant, un tas de choses me traversent l’esprit, mais deux choses me tracassent. La première, est-ce que le réceptionniste du camping a bien gardé le carton de mon vélo et la seconde, vais-je facilement retrouver le camping ? D’autant plus que je vais arriver par l’ouest, alors que j’ai quitté la capitale par le sud. Dublin est tout de même une grande ville et sa banlieue est plutôt étendue.

Au kilomètre 85, j’arrive enfin dans la banlieue, je suis lessivé par le vent qui m’a ralenti toute la matinée. Je commence à m’orienter au pif, ma carte n’est pas suffisamment précise. Mais c’est impossible de se situer, alors je commence à demander mon chemin à droite et à gauche. Après avoir demandé à une dizaine de personnes qui, cela dit en passant, sont toutes très sympatiques, je finis par retrouver le camping. Mon
compteur indique 107 kilomètres ! Il m’aura fallu 22 kilomètres d’errance dans Dublin pour enfin boucler mon tour d’Irlande !

Il est 14h30, ça me laisse amplement le temps de faire un tour à Condalkin, le quartier dans lequel je me trouve pour casser la croûte mais également pour préparer toutes mes affaires pour l’avion de demain.

Quand j’entre dans la réception du camping, le réceptionniste me reconnaît immédiatement. Toujours avec sa même joie de vivre, il me demande jusqu’où je suis allé avec mon vélo. Quand je lui dis que j’ai fait tout le tour de l’Irlande, il me fait « FUUUCK OOOOOFFFFFF !!! » Je rigole et lui dis que c’est vrai. Je sors ma carte sur laquelle j’ai tracé mon parcours jour après jour, et lui dis que j’ai fait plus de 1000 kilomètres en 9 jours, il me fait « NOOO WAAAYYYY !!! ». Rien à faire, il ne veut pas me croire. Toujours est-il qu’il a bien gardé mon carton et l’en remercie.

Je fais donc un saut à Clondalkin pour y manger une pizza un peu douteuse cuisinée par un chinois, ça
change des hamburgers. Puis je reviens pour démonter mon vélo et l’empaqueter. Ça y est, je suis fin prêt pour le retour à Genève. J’ai hâte de voir ma copine et mon fils, ils me manquent énormément.

Au moment où j’écris ces lignes, un cycliste hollandais, chargé comme un mulet, débarque dans le camping. Il installe une tente énorme, allume un réchaud tout aussi énorme, déploie toute une batterie de cuisine et va même jusqu’à déplier un tabouret pour achever de s’installer. Personnellement, je préfère voyager léger avec le strict minimum, pour pouvoir faire plus de kilomètres et voir plus de pays. Bref, chacun a sa manière de voyager et je respecte totalement ses choix sans toutefois les partager.
Le chauffeur de taxi

mardi 25 mai 2010

Après avoir avalé mon dernier petit déjeuner sur sol irlandais, je plie ma tente et achève d’empaqueter mes affaires. A 9h30, je demande au réceptionniste de m’appeler un taxi. En attendant que celui-ci arrive, on rigole un bon coup, c’est vraiment quelqu’un de drôle et d’attachant. Après un bon quart d’heure de franche déconnade où on parle de tout et de rien, mais surtout de rien, j’entends un coup de klaxon à l’extérieur. Mon taxi est là. Je charge mes affaires, sers la main à mon pote réceptionniste et c’est parti.

Le chauffeur de taxi doit peser 150 kg et a une tête de gros nounours avec un sourire permanent jusqu’aux oreilles. On commence à discuter de banalités puis la discussion porte sur le vélo. Il me dit que, jeune, il faisait énormément de vélo. J’ai un peu de peine à le croire vu son gabarit actuel mais soit. Plus la discussion avance, plus je me rends compte à quel point il est drôle et bavard. Il ne s’arrête plus de parler. En plus avec une
voix très forte et un rire à défriser un mouton. Il me dit qu’il a 58 ans, a 5 fils et 14 petits enfants, qu’il a été grand-père pour la première fois à 36 ans et qu’il s’est marié à 17 ans. J’imagine l’ambiance à la maison avec 5 fils ! En tout cas, ce chauffeur de taxi est la dernière personne avec qui j’ai discuté en Irlande et il me laisse une impression bien joviale et sympatique du peuple irlandais!

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