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RÉCITS DE COURSES À PIED

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Des récits plus détaillés que les comptes rendus que je publie dans le blog. Je vous parle du déroulement de certaines courses auxquelles j'ai pris part, des souffrances, de moments d'euphories, de ma manière de gérer l'effort, l'alimentation, le mental, mais aussi du bonheur et de la fierté d'avoir atteint un objectif.

03.10.2012: LES DÉFIS DU JUBILÉ, 71 km le long des chemins bibliques

10 jours après mon retour de Saint-Maurice, dans le Valais, en Suisse, où j'ai disputé Les Défis du Jubilé, je prends enfin la plume, ou plutôt le clavier pour en rapporter le récit. Ce trail plutôt roulant de 71 km et 2950m de dénivelé positif présente un profil qui me convient à merveille.

défis du jubilé 2012
en mode minimaliste



Cette course revêt pour moi un caractère assez particulier pour deux raisons. Il s'agit tout d'abord de mon dernier trail de la saison avant d'attaquer les courses rapides d'automne, et par la même occasion ma dernière chance d'obtenir les 2 points qu'il me manque pour m'autoriser à m'inscrire à l'Ultra Trail du Mont-Blanc 2013. Il s'agit ensuite d'un test grandeur nature pour me rendre compte si les changements que j'ai apportés à ma préparation sont efficaces. J'ai en effet radicalement changé certains aspects de mon entraînement; j'ai fait plus de sorties longues intégrant du dénivelé, de type 35km et 1000m de D+. J'ai maintenu au moins une séance hebdomadaire de VMA et de seuil alors que j'avais tendance à négliger cela avant un ultra. Mais là où le plus gros changement intervient c'est que j'ai intégré depuis 1 mois et demi des séances de gainage de la ceinture abdominale et de yoga. Certes, cela augmente ma charge hebdomadaire d'entraînement d'environ 4h mais au vu de mon temps et de mon classement, ces changements ont visiblement été très bénéfiques.


Un départ en douceur

Après avoir dormi dans le dortoir du Collège de l'Abbaye de Saint-Maurice, je descends dans le préau de l'école rejoindre les autres coureurs pour attendre le coup de feu du départ prévu à 7 heures. La météo est avec nous ce matin, il fait doux et sec mais on s'attend cependant à avoir pas mal de boue après une semaine de pluies intensives. Nous sommes environ 300 au départ, l'ambiance est calme et détendue, on vient avant tout ici pour se faire plaisir.

J'ai opté aujourd'hui pour un équipement minimaliste; pas de sac, pas de poche à eau mais seul un bidon à la main, 3 gels, une sous-couche Odlo, mon iPod et puis c'est tout. Ah oui, j'oubliais, j'avais quand même un short, un t-shirt et mes baskets. Cette configuration aura été payante. Les ravitaillements assez fréquents et le temps clément ne justifiaient pas plus d'équipement.

C'est donc très léger et libre de tous mouvements que je m'élance à 7h à l'assaut de ce parcours alors qu'il fait encore nuit. D'entrée je me sens bien et me place dans le groupe de tête composé d'une dizaine de coureurs. A peine 500 mètres après le départ, nous empruntons déjà un sentier qui monte assez raide pour les 400 premiers mètres de dénivelé positif direction Vérossaz. Les sensations sont très bonnes, je me sens vraiment léger et à l'aise. Je supporte sans problème le rythme imprimé par le groupe de tête. Après une vingtaine de minutes cependant, 5-6 coureurs s'échappent à l'avant. Je n'essaie pas de les suivre, je me mets en mode "bulle", me mets de la musique dans les oreilles, admire les paysages, écoute mon corps et cours aux sensations.


La course commence

Après 1h21? de course et 800m de D+, j'arrive au point de contrôle de Mex. Je remplis ma gourde, mange un bout de banane et au moment de repartir, je me fais doubler par un concurrent qui a décidé de sauter ce ravitaillement. Moi qui ne suis pas habitué à me retrouver à l'avant dans un trail, c'est là que je me dis qu'à ce niveau, il y a de la concurrence. Je rentre dans le jeu et pars à sa poursuite. Mais malheureusement, la portion suivante est une descente assez technique et glissante qui n'est pas du tout mon point fort. Au lieu de le rattraper, je me fais dépasser par 2 autres coureurs. Dès lors, je me fixe comme objectif de les rattraper coûte que coûte. Je fais toutefois attention à ne pas me griller, il reste encore presque 60 km. Je sais qu'après cette descente, une portion plate de 4-5 km, où je tenterais de rattraper mon retard, m'attends.

C'est effectivement ce qui se passe après Evionnaz où je rattrape 2 des trois coureurs. Peu avant d'attaquer la montée sur Salvan, je me retourne et vois à 300m, 5-6 coureurs à ma poursuite. Ça me donne du jus à l'entame des premiers lacets qui se dessinent dans le sous-bois. La pente est plutôt douce, en tout cas suffisamment pour que je continue à courir. Je me sens à présent vraiment dans la course, j'ai un bon rythme, mon souffle, mes jambes et mon moral sont au beau fixe. Je me fait tout de même à nouveau dépasser par 2 coureurs dans la montée. J'arrive au poste de Salvan où je remplis ma gourde dans la fontaine du village et ingurgite encore un bout de banane avec un verre de Coca (mmmh, c'est curieux comme ce mélange improbable passe bien pendant une course...) et repars sans trop m'attarder. La montée continue ainsi jusqu'au point culminant de la course (1300m), je continue à courir d'une bonne foulée légère. Je crois bien que c'est la première fois que j'arrive à enchaîner une aussi longue montée (900m de dénivelé en 10km) sans m'arrêter de courir, bien que certaines portions soient assez raides.


Dans un vallon sauvage

Je bascule au sommet sur une petite portion roulante en faux-plat descendant pendant 2 km jusqu'à Finhaut, où un poste de ravitaillement arrive à point nommé, ma gourde étant à sec. Je fais le plein et repars aussitôt non sans avoir dépassé 3 coureurs qui ont décidé de se ravitailler plus longtemps. J'arrive alors à la grosse difficulté de ce parcours, un petit vallon très technique et très sauvage mais Ô combien magnifique. 300m de dénivelé négatif sur un kilomètre d'un passage très technique sur un petit sentier monotrace jalonné de pierres et de racines ultra humides et glissantes dans une forêt incroyablement dense. D'ailleurs on peine à voir la couleur du ciel tant les arbres sont serrés. Au moins il fait frais.

A peine arrivé au fond du vallon, les quadriceps en feu, que le chemin repars aussitôt pour 300m de dénivelé mais positifs. La montée est tellement raide qu'une bonne partie se fait sur des escaliers en bois très glissants. Heureusement qu'il y a des rambardes pour se tenir. Une fois au sommet, il est temps de faire l'inventaire des dégâts physiques. Les quadriceps sont à la limite des crampes, pareil pour les mollets. A cause de la concentration requise pour ne pas chuter dans ce passage technique, j'en ai oublié de m'hydrater. Je consulte mon GPS et me rends compte que ma vitesse moyenne en a également pris un coup. Heureusement mon moral est au top.

La portion qui suit est sur une route goudronnée en faux-plat descendant et me permet de m'hydrater à fond, de prendre un gel et de reposer mes jambes tout en maintenant une bonne vitesse. C'est tout requinqué que j'attaque la longue descente sur le chemin forestier en direction de Vernayaz. Ce tronçon de 8 kilomètres avalé à 15km/h, de la musique à fond dans les oreilles, où je dépasse 2 coureurs est certainement le meilleur moment de ma course. Je me sens tellement bien que j'ai de la peine à m'imaginer que j'ai déjà 52km et 2500m de D+ dans les pattes.


A deux, on court plus vite

Depuis quasiment 40km, j'ai remarqué un coureur quelques centaines de mètres derrière moi. Chaque fois qu'il y a une longue ligne droite, je me retourne et le vois. Inconsciemment, sa lointaine présence me met une certaine pression. On doit à peu près avoir le même niveau mais j'ai remarqué qu'il était plus rapide dans les montées et descentes et plus lent sur le plat. En arrivant au grand poste de contrôle et de ravitaillement de Vernayaz, je décide d'enlever ma sous-couche Odlo et de bien me ravitailler. Je mange une banane entière, du chocolat et bois un demi-litre de Coca. Je m'arrête bien 10 minutes avant de reprendre la route pour rejoindre la dernière grosse difficulté de la journée, la montée sur Allesse (500m D+ pour 2km). A l'entame de la montée, je me retourne et vois que mon fidèle poursuivant n'est plus qu'à 50 mètres derrière moi. Il a certainement dû s'arrêter moins longtemps au dernier ravito. Les chevaux sont lancés.

A mi-montée, ce concurrent, tout de Salomon vêtu me dépasse. Il ne va pas beaucoup plus vite mais creuse bien un écart de 2 minutes avant l'arrivée au sommet. Une centaine de mètres avant le sommet, je fais un petit détour dans un pré où une vache un peu agressive ne m'inspire pas trop confiance. Mon compagnon de route me crie au loin que je ne risque rien, je peux passer à côté, mais suite à ma mésaventure durant la Mountainman en août dernier, où j'ai bien cru que j'allais me faire piétiner par un troupeau je préfère ne prendre aucun risque. Au sommet, j'arrive au poste d'Alesse au moment ou mon rival repart. Je me ravitaille donc au plus vite et repars avant de le perdre de vue. La première partie de la descente se faisant sur route goudronnée, je le rattrape et le dépasse aisément mais je rate l'étroit petit sentier bien raide qui nous descend dans la vallée. Cette mésaventure me fera perdre 400m.

Arrivé sur la route en bas, après 500m de dénivelé négatif à tombeau ouvert, je pars à la chasse du coureur qui a pris la poudre d'escampette. Je le vois au loin et le garde en point de mire. J'essaie d'accélérer mais commence à sentir la fatigue et de la lourdeur dans les jambes. Faut dire qu'on a plus de 60km et près de 3000m de D+. D'ailleurs à ce sujet, l'organisation annonce un dénivelé positif de 2530m or plusieurs concurrents m'ont confirmé avoir entre 2900 et 3000m sur leur GPS. Le mien indique 2950m. Bref, cela n'a finalement pas trop d'importance. Ce qui compte à présent est que je vois l'écart entre le coureur et moi se réduire sensiblement.

Au ravitaillement de Collonges, le dernier de la course, le coureur ne s'arrête pas. Preuve qu'il se trouve dans le même esprit de compétition que moi. Je ne m'arrête pas non plus. J'ai encore suffisamment d'eau dans ma gourde. Je me fais un peu violence pendant les 2 kilomètres suivant et fini non sans mal par le rattraper. On échange 2-3 mots et il me dit d'y aller parce que sur le plat je suis plus dans mon élément. Certes, mais je commence à être cuit. Je le distance néanmoins un peu mais dans une légère petite montée il me rattrape et me dépose. Je m'empresse de prendre un gel et essaie de limiter les dégâts pendant que celui-ci fait son effet. Quelques kilomètres plus loin, je le rattrape au moment d'entamer un tronçon dans les bois où la vigilance est de prime afin d'éviter les cailloux et les racines. On a un bon rythme. Jamais je n'aurais couru à cette vitesse si j'étais seul.

J'ai à présent bien assimilé le gel et en sortant de la forêt je me sens prêt à accélérer sur les 4 derniers kilomètres de la course. Mon compagnon d'échappée cependant, s'arrête, victime de crampes. Je suis désolé pour lui. Je continue sur ma lancée en comptant les kilomètres qu'il me reste. Ça commence à être vraiment dur car je sais que je suis près du but mais ne connais pas le parcours et ne sais pas si je tiendrai jusqu'au bout à cette vitesse. A 2 kilomètres de l'arrivée, je me retourne et vois que mon acolyte est 100m derrière en train de fondre sur moi! Je vais puiser dans mes dernières ressources pour accélérer encore. Le dernier km sera avalé à 16 km/h et aurai finalement maintenu mon avance jusqu'au bout. mon compagnon de course, Grégoire (j'apprends son nom en regardant les résultats) arrive 30 secondes après. Nous nous serrons la main et nous félicitons. Je le remercie pour ce moment passé ensemble.

Défis du Jubilé 2012
photo: Claude Deladoey

Je passe la ligne d'arrivée après 7h42'18" à presque 10 km/h de moyenne, à une très belle 6ème place au général. Je suis fatigué mais dans un état de fraîcheur qui me surprend. Aucun doute sur l'efficacité de mon entraînement. Je sens que j'ai fait un net progrès en trail. Par rapport aux courses de 60-80km que j'ai faites cette année, j'ai gagné 2 km/h, ce qui est énorme.

Les 7 points requis pour l'inscription à l'Ultra Trail du Mont-Blanc 2013 sont maintenant en poche. Place maintenant à la courte préparation pour le semi marathon de Lausanne le 28 octobre. La transition va être très dure, il va falloir que je retrouve la vitesse perdue au profit de l'endurance pendant les ultras de cet été. Mon record perso sur semi sera certainement inaccessible mais le plaisir de retrouver le bitume sera là.

Résultat: 7h42'18" | 6ème/222 classement scratch

18.08.2012: THE MOUNTAINMAN, 81 km du Titlis au Pilatus

Affiche de la Mountainman
Affiche de la course
Vendredi 17 août 2012, je prends congé pour me rendre dans la magnifique région qui s'étale du Titlis au Pilate en plein centre de la Suisse, dans les Alpes uranaises et obwaldiennes. Après 4h d'une route saturée de trafic, je suis content d'arriver dans le petit village en bordure d'autoroute au doux nom d'Alpnachstad. Ce bled, pas spécialement joli, est plus connu pour être le point de départ du funiculaire le plus raide du monde et qui mène au fameux hôtel historique du Pilatus Kulm vieux de 120 ans mais fraîchement rénové, culminant à 2130m et offrant une vue imprenable sur la ville de Lucerne. C'est d'ailleurs là-haut perché que se disputera demain l'arrivée de la Moutainman, 80km et 5000m de dénivelé positif.

A Alpnachstad, les préparatifs de la course battent leur plein, je retire mon dossard et essaie de glâner des infos ici et là. Ce qui n'est d'ailleurs pas évident lorsque l'on ne parle pas le suisse-allemand et que l'organisation n'est pas vraiment au point concernant les logements et les transports. Pas évident donc de savoir où se trouve le dortoir où j'ai réservé un lit pour 2 nuits et les transports pour se rendre au point de départ demain matin. Bref après un moment je fais connaissance avec quelques trailers dont un anglais avec qui je rigole bien. On parle de course à pied, de trail et de montagne, évidemment. Le départ de la course étant fixé à 6h30 demain matin et vu que ça va un peu être l'aventure pour s'y rendre, à 21h tout le monde est au lit.

Samedi 18 août, 4h du matin, les réveils carillonnent dans les dortoirs qui, cela dit en passant sont très confortables. Il fait encore nuit noire mais la quantité d'étoiles annonce une journée exempte de nuage. Je me badigeonne donc de crème solaire, vérifie une dernière fois mon sac, le matériel obligatoire qui doit s'y trouver, et suis le troupeau comme un mouton pour être sûr d'arriver au départ sans me perdre. Nous commençons donc par marcher un kilomètre jusqu'à un arrêt de bus qui nous emmène 10 km plus loin à la gare de Stans. Là nous prenons un train qui sillonne une vallée pendant une trentaine de kilomètre jusqu'à Engelberg. Il est déjà 6h et le départ est dans à peine 30 minutes mais nous n'y sommes pas encore. A Engelberg nous marchons encore 1 kilomètre jusqu'au télécabine, non mais je rêve, on ne va jamais y arriver... On est pas loin d'une centaine de coureurs à monter au compte goutte dans les cabines à 4 places qui nous déposent finalement, 25 minutes plus tard à Trübsee, à 1800 m d'altitude, lieu du départ. Mais ici, pas le temps de souffler, à peine arrivé au portique du départ où 200 coureurs trépignent d'impatience, que le coup de feu retentit. Je me retrouve quasiment dernier mais la course est encore longue, très longue...

Le premier kilomètre longe le lac de Trübsee, puis nous attaquons sans sommation les 500 premiers mètres de dénivelé positif. Sur cet étroit sentier, c'est un peu la cohue mais ça tombe bien, cette petite mise en jambe à un rythme tranquille me sert d'échauffement que je n'ai pas pu faire dans le télécabine. J'ai les jambes un peu lourdes et je dois dire que j'appréhende un peu la course. Ce dernier mois mon entraînement n'a pas été optimal, je manque de dénivelé et de sorties longues. Bref, j'avance sans trop me poser de question.

Mountainman 2012
Un départ en douceur


Tous les 5 kilomètres, un panneau indique la distance restante. Alors quand je vois le panneau 75 km, mon moral un peu chatouillé me dit de ne pas commencer à compter et que je ferais mieux d'admirer les paysages grandioses qui s'offrent à moi. Et c'est ce que je fais. Le sentier longe à flan de coteau un autre lac, des fermes sont parsemées çà et là, les vaches paissent paisibles sans trop se demander pourquoi aujourd'hui une horde de trailers débiles vient perturber la quiétude matinale du lieu. Le soleil tape déjà fort mais heureusement de dos. Je commence tranquillement à retrouver mes sensations et mes jambes perdent de leur lourdeur.

Tous les 5 à 10 kilomètres, un ravitaillement vient nous sauver de la déshydratation et d'une mort certaine. Je dois à chaque fois boire à peu près un litre de boisson isotonique, de Coca et d'eau pour combler les torrents que je sue. Parfois, un verre de bouillon vient également me revigorer. J'ai dû dépasser une trentaine de coureurs depuis le début mais dois me trouver encore dans la deuxième moitié du classement. Je remarque autour de moi quelques coureurs de même niveau qui couraient déjà à mon rythme au Trail Verbier-St Bernard le mois dernier.

Au kilomètre 34, j'arrive à Brünig, le point le plus bas de la course (930m) avec déjà 2000m de dénivelé positif dans les pattes. Mes sensations sont plutôt bonnes mais la chaleur est étouffante. De plus, sur certaines portions le vent n'est pas là pour me rafraîchir. Ici je bois au moins 2 litres et essaie tant bien que mal de combler l'énergie que j'ai brûlée et surtout, je sais qu'une montée de 1000m de D+ m'attend à la sortie du village. Après 5-6 minutes d'arrêt, je repars plus motivé que jamais. La première partie de la montée s'effecue à l'ombre, dans une forêt. Les visages autour de moi sont particulièrement marqués et je me dis que je ne dois pas non plus être très beau à voir mais curieusement, je me sens de mieux en mieux. J'accélère sensiblement. La montée n'est en général pas mon point fort mais là, je commence à rattraper du monde et plus personne ne me dépasse. Après 500m de dénivelé avalés, je sors de la forêt et me retrouve à nouveau en plein soleil. Heureusement, très régulièrement je croise de fontaines d'alpage, qui sont en fait des tuyaux qui gouttent dans des tronc d'arbre coupés dans la longueur et vidés à la tronçonneuse. Plus aucune ne m'échappe, à chaque fois j'y trempe ma casquette et abaisse ma température corporelle de quelques degrés. Peu avant la fin de cette montée interminable, j'hésite un moment à me jeter entièrement dans une baignoire à vaches. J'y immerge finalement que ma tête mais c'est tellement bon!

Mountainman 2012A quelques encablures du sommet, je tombe sur le panneau 40km, ça y est, j'ai fait la moitié. J'essaie de ne pas calculer mais mon esprit reste croché sur ce chiffre, Je consulte ma montre et vois que si tout se passe bien dans la seconde moitié, je peux espérer un temps final en dessous des 14h, ce qui est bien mieux que ce que j'avais pronostiqué et me redonne un coup de fouet. Vient alors une longue crête surplombant majestueusement les lac de Brienz et de Thoune avec Interlaken entre deux. En arrière-plan les têtes de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau guignent pour voir où en est la course. Ce paysage grandiose me fait oublier les douleurs qui viennent s'installer dans tout le corps à l'entame du 50ème kilomètre.

Malgré la fatigue, malgré les douleurs, malgré la chaleur, je me sens de mieux en mieux et continue de dépasser des coureurs. Il arrive parfois que je cours 2-3 kilomètres sans croiser âme qui vive, faut dire que la colonne des coureurs s'est à présent bien étirée et qu'une grande partie a certainement déjà abandonné.

Km 60, vient une longue portion dans un bois bien dense où de courtes montées et descentes se succèdent sur un étroit chemin pédestre. Je progresse ici à une bonne vitesse mais les nombreuses relances et le rythme saccadé commence à sérieusement entamer mon stock d'énergie. De plus, je dois attendre 10 kilomètres avant le prochain ravitaillement. Au moment où je dépasse un coureur en train de vomir ses tripes, j'avale 2 gels qui traînent dans mon sac et retrouve un peu de peps. Au 70ème kilomètre je suis content car je sais que j'arriverai au bout mais les 10 derniers kilomètres me réservent encore 800m de D+ et vont être durs.

Je sors enfin de cette épaisse forêt et arrive dans un champs, j'enjambe les fils électrifiés et vois un panneau indiquant "Attention! vaches-mères allaitent leurs veaux, gardez vos distances!". Des panneaux comme celui-ci j'en ai vu des dizaines depuis le début de la course mais cette fois-ci je me retrouve entouré de vaches et sur le petit sentier que la course emprunte, un veau est justement en train de téter sa maman. A côté, une énorme vache de 800kg me fixe d'un regard insistant. Un petit vent de panique s'empare de ma vulnérable petite personne de 70kg. Je fais une rapide analyse de la situation, je suis seul, aucun autre coureur à l'horizon, si je veux traverser ce champ, je dois passer entre le veau qui tête et la grosse méchante vache qui me fixe sans bouger. Finalement, l'adrénaline me pousse quand même à forcer le passage en me disant que quitte à mourir dans la montagne, je préférerais tomber dans un ravin après avoir dévissé le long d'une paroi lors d'une ascension épique plutôt que de me faire piétiner par un troupeau de vache dans une flaque de bouze. Ouf! Je suis passé, mon coeur bat encore la chamade mais je suis soulagé. J'arrive à l'autre bout du champs où la barrière électrifiée est un peu haute pour que je l'enjambe. Je décide alors de passer en dessous. Je pose un genou et m'accroupis prudemment mais au moment de passer, mon sac détrempé de sueur s'accroche et c'est l'électrocution. Le courant n'est pas très fort mais le fait d'avoir un genou au sol amplifie la secousse. Je me relève d'un coup, les yeux écarquillés. Pendant une fraction de seconde je ne comprends pas ce qui m'arrive, mais progressivement je commence à sentir un sensation de brûlure sur le genou et une douleur dans la jambe. Heureusement, 5 minutes plus tard tout rentre dans l'ordre. Je me rends alors compte que j'ai quand-même subi une bonne dose d'émotion en à peine 500m.

Au 75ème km j'arrive à l'avant dernier ravitaillement. Il me reste désormais 800 mètres à monter sur 5 kilomètres. Ce qui fait une pente moyennement raide. Mais avec la fatigue accumulée ça va être dur. Je m'empiffre de fruits secs, de pastèques, de gels et vide 5 verres de Coca, un de bouillon et 2 d'eau. En repartant, je fais un rapide calcul de ce que j'ai bu pendant cette course et compte qu'il y avait à peu près 15 ravitaillements à 1 litre de moyenne chacun, ajouté à cela ma poche à eau d'un litre et demi que j'ai rempli trois fois et qui est déjà presque vide. Ce qui donne un total de 19,5 litres...et je n'ai pas uriné une seule fois!

Mountainman 2012
photo: John Faber
Je m'accroche à mes bâtons, serre les dents et attaque la dernière ascension. Je rejoins un groupe de trois coureurs, avec qui nous allons sans cesse nous dépasser. Finalement, il y en a un qui prends le large et je m'associe mentalement aux deux autres pour tenir le coup. Les 500 derniers mètres de la Mountainman se courent, ou plutôt se marchent dans un magnifique cirque caillouteux aux allures martiennes au dessus duquel l'esplanade du Pilatus culmine. De là-haut les encouragement de nombreux spectateurs nous parviennent en faisant écho sur les parois de la montagne. L'ambiance est magique. On a l'impression d'être des gladiateurs grimpant comme des forçats le long de ce petit sentier en zigzag. Le passage de la ligne d'arrivée est une délivrance mêlée de douleurs, de fierté et de joie. Comme toujours, ce moment justifie amplement la souffrance ressentie pendant l'effort.

Mon temps est de 13h57'06"! Bien en dessous de ce que j'avais espéré. Ma vitesse moyenne est plus élevée qu'au Trail Verbier-St Bernard où il y avait 20km et 1000m de D+ en moins. J'obtiens ici 3 points qualificatifs supplémentaires pour l'inscription à l'Ultra Trail du Mont-Blanc 2013. Après les 2 points obtenus à Verbier le mois dernier, j'arrive à un total de 5. Il me manque donc encore 2 points pour atteindre les 7 requis, 2 points que je vais essayer d'engranger lors du Défi du Jubilé, une course de 71km et 2500m de D+, le mois prochain.

Résultat: 13h57'06" 27ème/52 classement catégorie | 81ème/159 classement scratch

07.07.2012: TRAIL VERBIER-ST BERNARD, 61 km en passant pas le Grand Saint-Bernard




Deux ans après ma première expérience au Trail Verbier-Saint Bernard, dont vous pouvez lire le récit ici, me voilà de retour sur ce parcours de 61 km (4000 D+) très exigeant mais Ô combien magnifique. A l'époque j'en avais bavé mais j'adore baver alors me revoilà. L'an dernier je m'étais essayé au grand parcours de 110km mais avais abandonné à la Fouly au 50ème km les jambes raides comme des poutres en me disant que j'allais arrêter la course à pied une bonne fois pour toute et me mettre au flipper. J'avais certes couru les 100km de Bienne 2 semaines avant mais manquais surtout de dénivelé. Cette année, je me sens frais, pas mal de dénivelé à l'entraînement, pas de compétition depuis un mois et des périodes de repos bien calculées.

L'arrivée sous la pluie à Verbier, la veille de la course, pour récupérer le dossard ne présage rien de bon. Mais la météo annonce un temps ensoleillé pour le lendemain, m'assure-t'on. Le lendemain matin, la météo ne s'est effectivement pas trompée (et oui ça arrive), c'est sous un soleil radieux que quelques centaines de trailers se rassemblent sous la banderole de départ à la Fouly. L'ambiance est détendue, c'est d'ailleurs ce que j'apprécie de plus en plus dans ce milieu. On cherche avant tout a se faire plaisir, à profiter des panoramas exceptionnels que nous allons traverser et à se dépasser soi-même plutôt que les autres. Et les autres d'ailleurs, on va constamment aller à leur encontre pour apprendre à les connaître. J'ai d'ailleurs fait la connaissance ce matin au petit dej' d'un coureur d'ultra, la soixantaine, sec comme de la viande des Grisons. On parle chacun de nos expériences, son humilité me séduit et je discute avec lui pendant une bonne heure avant le départ. On se souhaite bonne chance et beaucoup de plaisir.



Bien que mon objectif premier soit de me faire plaisir, j'aimerais secrètement améliorer mon temps de 13h07? réalisé il y a deux ans. Connaissant le parcours par coeur, je saurai mieux gérer mon effort, la distance et le ravitaillement. A 10h le départ est donné et c'est 570 coureurs qui s'élancent dans la joie et la bonne humeur. Les 4 premiers km en faux plat montant sur la route sont une mise en jambes idéale avant d'attaquer la première difficulté de la journée; le col de Fenêtre (2698m), 1100m plus haut. J'adopte d'entrée une marche rapide beaucoup plus efficace à mon sens, qu'une course lente. Cette année, contrairement à la dernière fois, je cours avec des bâtons. Quel bonheur! Comment ai-je pu ne pas les prendre jusqu'ici. Je me sens en pleine forme, mes jambes sont légères. Quelques névés ralentissent à peine ma progression en arrivant au sommet où une vue magnifique m'attend. 1h32?, ma montre affiche 12? de mieux qu'il y a 2 ans. J'aurais tendance à ralentir un peu pour m'économiser mais à quoi bon, les sensations sont bonnes, je continue donc sur ma lancée.



J'effectue la courte descente sur le col du Grand Saint Bernard à une vitesse modérée pour refaire mon souffle et arrive au premier ravitaillement après 12.9 km de course. Une poignée de raisins secs, 2-3 quartiers d'orange. Je cherche du Coca mais n'en trouve pas, dommage c'est pourtant ce que j'apprécie le plus dans ce genre d'effort. Je me rabats sur du Rivella, et là...c'est la Révélation. Je n'ai jamais vraiment aimé cette boisson, mais là je dois dire que les trois verres que je m'envoie me requinquent presque plus mentalement que physiologiquement. Etonné de mon amour soudain pour cette boisson, je reprends la route et entame la montée vers le point culminant de la journée, le col des Chevaux (2714m). Des chevaux je n'en verrai pas mais la crinière au vent, je saute d'une pierre à l'autre d'une allure équestre.

Arrive alors une descente très technique dans des pierriers, d'ailleurs un panneau indique que tout dépassement est interdit pour des raisons de sécurité. Je m'assure alors qu'aucun Kilian Jornet ou autres extra-terrestres de la montagne ne viendrait par derrière et attaque prudemment cette portion en prenant bien garde de ne pas me fouler une patte voire de dégringoler une centaine de mètre plus bas. Une fois que la pente s'adoucit un peu, je décide de me mettre un peu de musique dans les oreilles pour me motiver. J'arrive en effet dans une partie où j'ai beaucoup souffert il y a deux ans. Il s'agit pourtant d'un faux-plat descendant très roulant d'une dizaine de km jusqu'à Bourg Saint Pierre mais j'avais eu un coup de fringale qui m'avait obligé à marcher une grande partie. Hier en chargeant mon baladeur MP3 je choisissais des morceaux assez toniques qui pourraient me donner de l'impulsion. Alors que je suis plutôt fan de jazz, de rock et de blues, j'ai néanmoins pensé à charger quelques morceaux d'électro. Alors en allumant mon baladeur je tombe directement sur un album de transe russe, et oui, vous avez bien lu, de la TRANSE RUSSE! Et c'est là que j'ai eu ma deuxième révélation! Ce genre de musique que je déteste en temps normal m'a paru DIVINE à ce moment là. Mes jambes se sont subitement mises à frétiller avant de lâcher les chevaux (ah ben les voilà les chevaux...). D'une pierre à l'autre, d'un ruisseau à l'autre, je dépasse d'autres coureurs les uns après les autres. J'ai presque envie de danser en courant, d'ailleurs c'est un peu ce que je fais, je me surprends à battre le rythme de mes bras, les deux index tendus en l'air. Certains coureurs doivent me prendre pour un cinglé, mais je m'en balance, c'est trop bon. Parfois je me dis quand même, caaaaalme toi, freine tes ardeurs, tu vas le payer plus tard. Mais cette musique est vraiment trop entraînante, je me laisse aller. Mon GPS indique que je cours à 16 km/h et cela va durer jusqu'à Bourg Saint Pierre. Soudain, mon esprit sort de l'état de transe dans lequel je me trouve quand je me fais dépasser par un cinglé. Je dis cinglé parce que je pense d'abord que c'est un coureur qui a dû se trouver une musique encore plus dopante que la mienne et qui est en train de se griller avant de rendre les armes sur le bord du chemin. Mais il n'en est rien, je me rends compte en fait que c'est Emmanuel Gault, futur vainqueur, participant au grand parcours de 110km, parti de Verbier à 5h du mat' avec déjà 70km et 4'600m de D+ dans les guiboles. Il court comme Forest le bougre. Ça fait plaisir à voir. J'arrête un moment la musique et le regarde filer, c'est impressionnant. Bon, c'est pas tout, j'appuie sur play et repars de plus belle. J'arrive à Bourg Saint Pierre avec 35? d'avance sur mon temps de 2010.



Je suis à peine fatigué, mais je sais que le plus dur reste à venir. Mon estomac ne veut pas de solide alors je me délecte de 5 rasades de Rivella. Pardon Coca de t'avoir trahit... quelques fruits secs et 11 minutes plus tard je lève l'ancre et plein gaz sur la cabane de Mille. La dernière fois j'en ai bavé. Dans mon récit d'alors, la cabane de Mille, je l'avais surnommée l'Eldorado des Conquistadores. On croit l'avoir trouvé, mais non il reste encore un virage, et puis encore une bosse, et puis 5 virages plus loin on n'y est toujours pas. Mais cette fois-ci je sais ce qui m'attend, et ça aide beaucoup. Alors que je vois d'autres coureurs désespérés de ne toujours pas voir cette maudite cabane, moi je me dis que derrière ce virage-là ma chère cabane va apparaître. Et en effet, la voilà. 2h30? d'ascension tout de même. Je commence à ressentir le contre-coup de la transe russe. Mais ça va, je tiens le coup. Pour avoir couru 38 km et quelques 2700 mètres de dénivelé positif je suis finalement plutôt frais.

Mon corps commence à saturer de sucre. Entre deux Rivella tout de même, je me délecte de deux bols de bouillon. C'est bon quand même le bouillon! Une fois le plein de sel refait, je me sens nettement mieux. Ici, les coureur du petit parcours (28km) nous ont rejoint. Du coup c'est un peu l'autoroute, mais bon plus on est de fous plus on rigole. Alors c'est parti pour une descente casse-pattes. 1400m de dénivelé négatif en 11 km. Les quadriceps en feu, je gère néanmoins assez bien la descente, mes entraînements au Salève, une montagne à côté de chez moi, paient. Dans cette descente également, il y a deux ans j'étais cuit, j'avais du marcher un bon bout. Aujourd'hui je galope.

J'arrive enfin à Lourtier, altitude 1074m. Mon compteur indique 49 km, 2'800m de D+ et 3350m de D-. Mes jambes confirment ces chiffres. Je fais le plein d'eau, juste ce qu'il faut pour finir la course, je mange difficilement quelques tranches de jambon et de mortadelle et bois beaucoup de tout ce que je trouve. Sucré, salé, mon corps me dit qu'à ce stade, tout est bon à prendre. Connaître le parcours est parfois une bonne chose, notamment pendant l'ascension de la cabane de Mille, mais ici je crois que je regrette un peu mon insouciance de 2010. En effet, devant moi se dresse le "mur" de l'ascension de La Chaux. 1'150m de D+ pour 4.8 km. J'appréhende.

Je prends mon courage à deux mains et mes bâtons aussi, accessoirement, et j'attaque le monstre. Etonnamment je me sens bien et évolue à un bon rythme. Les 500 premiers mètres de D+ se passent plutôt bien avant que mon corps se mette à fléchir. Heureusement ma tête est là pour me hisser en haut. J'hésite à me mettre de la musique dans les oreilles mais j'ai peur de fausser mon rythme et de me griller. Alors je pense à ma femme, à mes enfants et à tout le temps qu'ils m'accordent pour que je puisse m'entraîner et vivre mes rêves. Je me dis que j'ai quand-même de la chance. Perdu dans mes pensées, je finis par arriver au ravitaillement de La Chaux. Ici, on peut se dire que l'arrivée est à portée de jambes. Sauf accident, il est pratiquement inconcevable d'envisager un abandon, il reste 7 km de descente.



Je commence à ressentir des douleurs aux épaules à force de tirer sur les bâtons. Un dernier Rivella, un bout de chocolat, quelques raisins secs et j'entame la dernière portion avant que la nuit ne tombe. Je suis quand bien entamé, mes jambes me brûlent, j'ai faim, j'ai soif, j'ai sommeil, j'ai hâte d'en finir. Je commence à entendre le bruit de la foule qui monte de la vallée, ça me réchauffe le coeur et ça me donne un dernier sursaut de motivation, juste assez pour arriver en courant dans les rues de Verbier et passer la ligne d'arrivée heureux comme un enfant qui reçoit son premier vélo. Le sourire jusqu'aux oreilles je vais chercher mon t-shirt de finisher.

Mon état un peu second m'a fait oublié le chrono alors quand je regarde ma montre et vois que j'ai bouclé le parcours en 11h31? soit 1h36? de mieux qu'il y a 2 ans, mon sourire s'élargit encore plus. J'appelle ma femme pour lui raconter ma joie et vais m'écrouler devant un plat de pâtes bien mérité.

En mangeant, je songe déjà à ma prochaine course, la Mountainman (81km 5000m D+) le 18 août. J'ai hâte d'y être.



Résultat: 11h31'21" 69ème/196 classement catégorie | 155ème/570 classement scratch

17.06.2011: 100KM DE BIENNE, récit d'une épopée nocturne

En ce vendredi après-midi, 17 mai 2011, me voilà dans le train pour aller prendre le départ d'une des courses les plus dures de Suisse; les 100 kilomètres de Bienne.

J'observe avec appréhension à travers la fenêtre, les gros nuages qui s'amoncellent dans un ciel électrique. Durant ces derniers mois, je me suis entraîné dur en prévision du marathon de Genève, il y a 5 semaines et des 100 kilomètres de Bienne dont le coup de feu de départ sera donné ce soir à 22h. Le mois denier, j'ai enchaîné de grosses charges d'entraînement avec plusieurs sorties de 28 à 35 km, pour un total de 80 à 90 km par semaines. Je me sens donc physiquement et mentalement fin prêt pour la lutte. Mais mon excellent état de forme ajoute une certaine pression; j'ai peur de me décevoir. D'autant plus que je reste sur une grosse désillusion, ici-même, l'an dernier. En effet, en 2010, j'avais pris le départ marlgré une fin de préparation perturbée par une inflammation des chevilles médicalement inexpliquée qui m'avait imposé un repos forcé pendant les deux semaines précédant la course. Je sais que je n'aurais jamais dû prendre le départ, que je n'étais prêt ni physiquement ni mentalement. Mais le refus d'abdiquer l'avait emporté sur la raison et j'avais abandonné au 56ème kilomètre, après avoir vécu un véritable calvaire durant les 20 derniers kilomètres. Les muscles en feu, déshydraté, le moral à zéro, la douleur physique se mêlait à la frustration au moment où je rendais mon dossard avant de monter dans le bus qui me ramena à l'arrivée. Certes, cette année, je me sens dans une confiance inébranlable, mais l'échec de l'an dernier plâne dans mon esprit.

Quand j'arrive à Bienne, les premières gouttes commencent à tomber. Il me reste 5 heures avant le départ, le temps de récupérer mon dossard, manger un gros plat de pâtes et essayer de dormir un peu. Cette dernière activité s'avérera totalement impossible. Deux minutes après m'être installé une couchette avec ma serviette et un oreiller avec mon sac, un véritable déluge s'abat sur la grande tente qui abrite le village de la course. Je réussis tout de même à somnoler un peu.

Vers 21 heures, les 1500 coureurs prenant le départ de l'épreuve reine des 100 km se met en route dans une grande procession, jusqu'au Palais des Congrès, à deux kilomètres de là, où sera donné le départ. La pluie s'est calmée mais le ciel est lourd comme une éponge imbibée, prête à être essorée.

Je vérifie mon matériel, mon dossard est bien attaché, la puce de chronométrage y est bien fixée, ma ceinture porte-gourde est bien ajustée. J'ai décidé, en effet, cette année, de porter deux petites flasques de 200 ml chacune en complément des nombreux ravitaillements qui jallonnent le parcours. Au bout de 50 km, attendre 5 km avant le prochain ravitaillement peut parfois paraître long.

Autour de moi, l'ambiance est calme. Contrairement à un départ d'une course de 10 kilomètres où les coureurs s'échauffent en courant à droite et à gauche, sautillant sur place comme des piles électriques, au départ d'une course d'ultra endurance, les athlètes bougent peu. La technique de course va consister à réduire les mouvements au minimum en ayant la foulée la plus efficace. Chaque mouvement superflu est une perte d'énergie qui pourrait s'avérer indispensable en fin de course. Ici, la nervosité ne prime pas, l'économie d'énergie et le calme sont la clef de la réussite. « Endurance » est le maître-mot de l'ultra.

22h, le compte à rebours retenti et le coup de feu déchire un silence de cathédrale. Le peloton s'élance comme un lâcher de taureaux dans les rues de Pampelune. Moi qui m'étais placé en troisième ligne pour éviter les bouchons du départ, je me fais bousculer de toutes parts. Mais comment vont-ils faire pour tenir 100 kilomètres à cette vitesse?! Heureusement, j'ai mon GPS qui m'indique l'allure et m'empêche de suivre le troupeau. Je me mets aussitôt dans ma « bulle » et me câle à 11,2 km/h (5'20'' à 5'22''/km), vitesse que j'ai longuement mémorisée à l'entraînement. Durant les dix premiers kilomètres, je n'arrête pas de me faire dépasser. 200 voire 300 coureurs vont me doubler. J'ai presque l'impression de me retrouver en queue de course. C'est frustrant mais j'obéis à mon GPS; 11,2 km/h, ni plus, ni moins.

Le déluge s'abat à nouveau, des trombes d'eau, parfois même des bassines nous tombent dessus. Je suis aussi mouillé que si je sortais du bain. Je ne vois plus rien, les gouttes ruissellent sur les verres de mes lunettes. Supportant mal les lentilles de contact, j'ai préféré les éviter de peur d'avoir les yeux tout secs au bout de 10 heures de course. Des flaques énormes se forment sur le bas-côté de la route. Au dixième kilomètre, la course emprunte un chemin en terre battue à travers champs. C'est l'horreur. Des nids de poules et des flaques de boue de 30 cm parsèment le chemin. Ne voyant rien, je n'arrête pas de m'embourber, j'ai de la boue jusqu'au genoux.

Courir de nuit présente l'avantage de ne pas être exposé à la chaleur de la journée mais présente l'inconvénient d'avoir une visibilité réduite et un paysage invisible qui rend la course visuellement plus monotone. Ce dernier élément revêt un aspet plus « lutte intérieure » à l'épreuve.

Dans ces conditions dantesques, j'ai de la peine à maintenir mon allure. Je viens à peine de dépasser l'heure de course que déjà je commence à me poser des questions. Comment je vais faire pour tenir 100 km comme ça? je commence à énumérer toutes les raisons qui font que je ne dois pas abandonner; pour ma femme et mon fils qui ont enduré mes heures d'entraînement, pour le temps et l'énergie que j'ai sacrifié pour être là aujourd'hui, pour ma fierté personnelle... Je savais avant le départ qu'à un moment ou à un autre je serai confronté à ces doutes mais jamais je n'aurai imaginé aussi tôt. Cette course va être épique !

Au kilomètre 20, au ravitaillement d'Aarberg, la pluie cesse, mes habits commencent à sécher, j'essuie mes lunettes et mon moral refleurit. J'attrape un verre d'eau, un autre d'Iso et les avale sans m'arrêter. J'ai bouclé les deux premières tranches de 10 kilomètres en 11,2 km/h de moyenne pile. Malgré la pluie, la mauvaise visibilité et les 300 mètres de dénivelé positif déjà avalé, j'ai su maintenir mon allure. Quelques coureurs me dépassent encore, mais je commence également à rattrapper ceux qui sont partis trop vite. Certains sont déjà à l'arrêt, ils marchent jusqu'au prochain ravitaillement où ils abandonneront sûrement. Je me sens bien. J'ai atteins mon rythme de croisière. J'ai l'impression de pouvoir courir ainsi pendant des heures. Ça tombe bien parce que c'est ce que je vais devoir faire. J'analyse les mouvements de mon corps et me rends compte que ma foulée est économique et efficace. Ma tête et mes hanches se déplacent horizontalement en décrivant une ligne droite, mes bras bougent un minimum, mon dos est bien droit et mes épaules dans l'axe de mon bassin.

Kilomètres 25, je commence à penser aux kilomètres qu'il me reste à parcourir; 75. J'ai fait un quart du chemin. Je n'ai fait QU'UN quart ! Ou plutôt, j'ai DEJA fait un quart ! Je ne sais pas trop. Je dépasse de plus en plus de coureurs. Dès lors, plus un seul coureur ne me dépassera jusqu'à la ligne d'arrivée. Je gère bien ma course, je suis régulier. Je dois me situer aux alentours du 250ème rang.

Kilomètres 35, je double régulièrement des petits groupes de 3 à 4 coureurs. J'ai parfois l'impression de courir comme une fusée, mais mon GPS indique toujours 11,2 km/h. Il me reste un peu moins des deux tiers de la course. C'est encore long, très long. Il me reste encore un marathon et un semi cumulé. Il faut absolument que je chasse ce genre de calcul de ma tête!

Tous les 10 kilomètres un panneau indique la distance parcourue. A chaque panneau, j'appuie sur mon GPS pour mémoriser mon temps sur la portion de 10 kilomètres parcourue. Quand j'appuie sur mon GPS au kilomètre 40, ma quatrième portion de 10 kilomètres indique à nouveau 53'30'', comme mes trois premiers temps intermédiaires. Une régularité de métronome.

La pluie recommence à tomber. Mais elle restera petite et rafraîchissante. Les coureurs participant à l'épreuve du marathon et qui courent sur le même itinéraire que nous sont en train d'en arriver à bout. Je me dis qu'ils ont de la chance de courir si peu, et là je me mets à rire en moi ; j'en suis arrivé à me dire que 42,2 kilomètres c'est peu!

Je commence à sentir de légères douleurs un peu partout; les aducteurs, les cuisses, les chevilles, le bas du dos, etc. Je me souviens des hameaux et des routes que je suis en train de parcourir. C'est ici-même que l'an dernier je me traînais en hurlant intérieurement de douleur pour avancer alors que je n'avais même pas fait la moitié du parcours. Aujourd'hui, ça n'a rien à voir, ma foulée est souple, je contrôle même régulièrement mon GPS parce que depuis quelques kilomètres j'ai tendance, sans le vouloir, à aller trop vite.

Depuis le départ, je ne me suis ravitaillé qu'en sucre. Je tolère étonnament bien le sucre alors que sur un marathon, je dois me forcer, à partir du 35ème kilomètre, à manger et boire sucré. Mais là, alors que je me rapproche sensiblement de la barre des 50 kilomètres, je sais que j'ai énormément transpiré et me force donc au ravitaillement du kilomètre 48 à absorber un bouillon pour me refaire un stock de sel. Ça ne passe pas, mais alors vraiment pas! Je recrache ma troisième gorgée en me disant que c'est étonnant comme d'une course à l'autre la capacité d'absorbtion du corps humain peut varier. Je ne ressens pour l'instant aucune carence mais décide tout de même de m'imposer une gorgée de bouillon tous les deux ravitaillements.

A la sortie d'un virage, sur un petit chemin qui vient de longer une forêt, dans la nuit noire et loin de tout village, j'ai failli maquer le panneau des 50 kilomètres! J'appuie sur le bouton de mon GPS et regarde mon temps: 4h27min. Un rapide calcul et je me rends compte que je cours sur des bases inférieurs à 9h au 100 kilomètres. Vais-je tenir comme cela jusqu'au bout? Mon objectif principal est de terminer la course. Ensuite ce serait de faire moins de 10 heures. Je considère que tout ce qui est mieux que ça relèverait de la grosse performance personnelle. 50 kilomètres! J'ai déjà parcouru 50 kilomètres! Je n'ai fait que la moitié. Allez, j'inverse le raisonnement et me dis qu'il ne m'en reste plus que 50!

A partir d'ici, il y a un panneau kilométrique tous les 5 kilomètres. Une manière peut-être de remuer le couteau dans la plaie? Et oui, tu crois que c'est le panneau des 60 kilomètres? Et bien non, c'est celui des 55! On t'a bien eu! Ou peut-être que le nombre de panneaux a augmenté pour nous aider à compter car nous perdons en lucidité? Toujours est-il que mon GPS reste mon fidèle compagnon de route et m'indique tout ce que je désire savoir et même plus. Je sais par exemple que jusqu'ici j'ai monté 400 mètres de dénivelé positif, que je me dirige vers le nord, que j'ai déjà dépensé 4000 kcal et que dans le sixième partiel, mon allure est de 5'18'' par kilomètre, c'est-à-dire légèrement supérieur à mes 11,2 km/h programmé. Je m'efforce donc de ralentir un peu pour réajuster ma vitesse.

Kilomètres 56, j'arrive au grand ravitaillement de Kirchberg. C'est ici que j'ai abandonné l'an dernier. C'est ici que j'errais, hagard, d'un verre de bouillon à un autre, que je titubais à la recherche du bus qui devait me ramener à Bienne. Aujourd'hui, je m'y suis arrêté en tout et pour tout... 5 secondes. Juste le temps d'attraper au vol un bout de banane, un verre d'eau et un autre de coca. Je quitte Kirchberg survolté, sous les encouragements des nombreux spectateurs qui se sont ammassés là et m'engouffre dans la nuit noire à l'assaut de cette seconde partie que je découvre pour la première fois. Lors de ce ravitaillement, j'ai dépassé une dizaine de coureurs qui s'étaient arrêtés pour reprendre des forces plus tranquillement. Je continue régulièrement à dépasser des coureurs et me rends compte que je suis de plus en plus seul. Il y a souvent une centaine de mètres qui séparent chaque coureur et me dis pour la première fois que je dois plutôt être bien placé au classement.

Au 57ème kilomètre, le tracé emprunte un minuscule sentier à travers une épaisse forêt qui s'avérera être la portion la plus technique et la plus physique de l'ensemble de la course. Mais il s'avérera également que c'est là que je vais courir le plus vite. Le chemin, parsemé de cailloux et de racines, est une ligne droite interminable de 8 kilomètres. Un véritable enfer de concentration. Impossible de quitter l'½il du chemin, une fraction de seconde pour contrôler mon allure sur le GPS et je risque de finir dans les fossés qui longent les deux côtés du chemin.

Il recommence à pleuvoir assez fort mais heureusement, je suis protégé par l'épaisseur des feuillages de la forêt. Je passe le panneau des 60 kilomètres, perdu là, au milieu de la jungle tropicale. Dans ce tronçon infernal, je vais dépasser 6 coureurs, à chaque fois l'opération est périlleuse vu l'étroitesse du chemin. Au kilomètre 64, je sors enfin de ce tunnel, heureusement parce que le vacillement de ma lampe éclairant les inégalités du sol commençaient à avoir raison de ma lucidité. Quel bonheur de retrouver un sol goudronné!

Le ravitaillement arrive à point nommé, en effet, je n'ai ni bu ni mangé pendant ces 8 kilomètres. Je m'arrête un quinzine de secondes pour avoir le temps de prendre un bouillon, deux verres d'eau et un biscuit. Puis je repars, je consulte mon GPS et m'aperçois que j'ai couru cette portion à 11,5 km/h. Je profite de cette avance pour faire une pause pipi. Faut croire que je transpire plus que je ne bois. Je repars tranquillement en contrôlant ma vitesse.

Peu avant le kilomètre 70, je commence à me sentir moins bien. J'ai de la peine à conserver ma vitesse que j'ai si bien tenu jusqu'ici. Je pense qu'à partir de maintenant, ma course va principalement se jouer au mental. J'essaie de ne pas m'affoler quand, au kilomètre 70 je constate que j'ai perdu une minute sur mon dernier intervalle de 10 kilomètres. Les 10 prochains kilomètres vont être les plus durs. Je vais lutter contre les crampes abdominales que je vais finalement vaincre à coups de gorgées d'eau toutes les 5 minutes. Heureusement que j'ai décidé de courir avec mes deux petites gourdes. Je vais également lutter contre les douleurs de chevilles, de jambes et de dos de plus en plus fortes. L'idée d'abandonner m'effleure plus d'une fois. Ma vitesse est désormais de 10,6 km/h depuis le 70ème kilomètres et quand je vois devant moi une longue montée de 200 mètres de dénivelé positif se profiler, je rassemble tout mon courage pour la franchir sans descendre sous les 10 km/h de moyenne. Je profite de la descente qui m'attend derrière pour reprendre des forces et pour augmenter légèrement ma vitesse. Je commence à me sentir mieux. Voire beaucoup mieux. Il commence à faire jour. J'ai perdu un peu de ma lucidité mais fais tout de même attention à bien boire.

Je passe la borne de 80 kilomètres, consulte mon GPS et note que j'ai mis 59'47'' pour les 10 derniers kilomètres. J'ai perdu 6 minutes sur ma vitesse de croisière.

A l'entame de mon avant dernière portion de 10 kilomètres, je retrouve ma vitesse de 11,2 km/h. Je suis dans une forme olypique, étonnant après 80 kilomètres. Certes, j'ai mal partout, la douleur se déplace entre la plante des pieds et les épaules. Je me rends compte aussi que j'ai un téton en sang et que mon t-shirt en est maculé. Qu'à cela ne tienne, j'ai effectué les 4/5ème du parcours, mon mental est au top et quand le mental va, tout va ! Je sais à présent, j'en suis persuadé, que j'irai au bout et qu'en plus je vais faire un bon temps et un bon classement.

Je dépasse encore des coureurs. Certains marchent, rongés par les crampes. Que ça doit être dur d'être dans cet état à 15 kilomètres de l'arrivée ! Je passe le panneau des 90 kilomètres. Les 10 derniers kilomètres ont été avalés en 53'25''. Il fait à présent grand jour et le premier a dû franchir la ligne d'arrivée il y a un moment déjà.

Désormais, à chaque kilomètre un panneau indique la distance restante. Le compte à rebours à commencé. Mais ces dix derniers kilomètres sont longs, très longs. Je suis fatigué de supporter la douleur. Chaque pas est un combat. Je n'arrive pas à maintenir mes 11,2 km/h mais je cours toujours. Je suis en train d'accomplir quelque chose dont je rêve depuis longtemps. Il y a trois ans encore, quand je sortais d'une vilaine fracture de la cheville, je n'aurais même pas songé un jour à venir à bout d'un 100 kilomètres. D'ailleurs, je ne savais même pas si un jour j'allais à nouveau pouvoir courir.

Kilomètre 95, si je veux descendre sous les 9 heures, il faudrait que je courre les 5 derniers kilomètres en moins de 24 minutes. Ça ne sera pas possible. Mais j'ai rarement été aussi fier et heureux dans une course, j'en ai les larmes qui me montent.

Kilomètre 96, plus que 4 kilomètres. 4 kilomètres où je pense à tout le chemin parcouru jusqu'ici. A tous les sacrifices, aux progrès que j'ai effectué en course à pied ces trois dernières années.

Kilomètre 97, plus que trois. J'entre dans les quartiers périphériques de Bienne. Je suis en train de penser que j'ai couru toute la nuit, pendant que la ville dormait. Suis-je fou? Non, je suis juste en train de vivre mon rêve. Il faudrait plutôt être fou pour passer à côté de ses rêves.

Kilomètre 98, plus que deux. Paradoxalement, alors que ma souffrance est à son paroxysme, j'ai envie que ce moment dure. J'apprécie l'instant. Je n'ai jamais autant ressenti ce bonheur que dans cette douleur physique dûe à l'effort.

Kilomètre 99, dernier kilomètre. Ces 5 dernières minutes resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Je dépasse encore deux coureurs et mes pieds foulent le tapis bleu qui recouvre les 100 derniers mètres de ces 100 kilomètres. Je puise mes dernières ressources au fond de mes cellulles et les lâche dans cette ligne droite bordée de spectateurs suffisamment passionés de course à pied pour être là, sous la pluie, un dimanche matin à 7h. Je franchis cette ligne d'arrivée tant attendue, tant rêvée, si longtemps utopique et inaccessible, en 9h04'07'', en 42ème position sur plus de mille qui arriveront au bout.

Dire que je suis fier serait une évidence. Courir pendant plus de 9 heures, de nuit, vaut largement ce que j'ai ressenti pendant les 20 secondes qui ont précédé le passage de la ligne d'arrivée. Aujourd'hui, je sais plus que jamais pourquoi je cours, je remarque plus que jamais l'équilibre que ce sport apporte dans ma vie.

04.07.2010: TRAIL VERBIER-ST BERNARD, 61 km de La Fouly à Verbier

61 kilomètres de souffrances et de bonheur de La Fouly à Verbier.


3 juillet 2010, arrivée à Verbier

C'est sous un soleil de plomb que j'emprunte les lacets qui montent de Sembrancher à Verbier. Demain, je prends part à mon premier trail long, une course de 61 kilomètres qui va me mener de La Fouly à Verbier en passant par les cols de Fenêtre, St Bernard, Chevaux, Mille et La Chaux. Bien que j'aie participé à plusieurs marathons et que j'apprécie les efforts longs, notamment durant mes voyages à vélo, cette course représente pour moi un vrai défi, je n'ai, en effet, encore jamais cumulé 4000 mètres de dénivelé positif et autant de dénivelé négatif en une seule étape et en courant.

J'arrive donc à Verbier vers 17h30 pour m'installer dans l'abri PC du centre sportif, où j'ai réservé une couchette pour la nuit. Une fois installé, je me dirige vers la grande tente où se trouve la ligne de départ du grand parcours (110km) pour y chercher mon dossard et pour passer au contrôle du matériel. Le sac doit obligatoirement contenir une lampe frontale avec piles de rechange, une bande élastique adhésive pour faire un bandage, une couverture de survie, un sifflet, un imperméable, un pull de minimum 150gr, un pantalon de course, des gants et de la nourriture en suffisance.

Soudain, alors que je passe le contrôle, le ciel se déchire et une pluie torrentielle s'abat sur Verbier. Ça commence bien! Pourtant 5 minutes plus tôt le soleil tapait encore... Cette pluie ressemble à une bonne grosse averse qui donne un bon coup de frais et qui ne dure qu'un dizaine de minutes... L'orage va durer plus d'une heure! Le tonnerre va gronder et les éclairs crépiter, sans parler du vent qui emporte une partie des stands installés dans le village du départ. Tant pis, on est à la montagne, c'est comme en mer, c'est la nature qui décide. J'en profite donc pour aller chercher un plat de pâtes bolognaises avec le coupon qu'on m'a remis.

Quand l'orage finit enfin par se calmer, je retourne dans mon abri. Des ruisseaux se sont formés dans les rues, j'imagine la boue qu'il doit y avoir dans les sentiers qu'on va emprunter demain... Arrivé au centre sportif, je me commande à nouveau un plat de pâtes. Je me force à me charger un maximum en sucres lents, peut-être parce que j'appréhende un peu la course. A 22h je me couche, d'autres coureurs dorment déjà, probablement ceux qui vont participer à la grande boucle et dont le départ est donné à 5h à Verbier.

3h30 du matin je suis réveillé par les coureurs du grand parcours qui se préparent. Puis je me rendors jusqu'à 7h. J'aurais le temps de dormir encore mais l'excitation me gagne et je ne tiens plus en place. Je prépare tranquillement mon sac, vérifie 3 fois que je n'ai rien oublié. Je vais prendre mon petit déjeuner au restaurant du centre sportif, puis retourne dans le dortoir pour vérifier une dernière fois mon matériel et me dirige vers la grande tente des dossards. Là, nous attends le bus qui nous amène à La Fouly, au départ du petit parcours. J'observe attentivement les autres coureurs et remarque tout de suite les trailers confirmés qui ont un tout petit sac usé, à se demander comment ils ont pu comprimer tout le matériel obligatoire et les trailers novices comme moi, qui ont du matériel flambant neuf.

A 10h, le bus démarre. La tension est palpable. L'orage de la veille s'est complètement dissipé pour faire place à un ciel totalement dépourvu de nuage, mais on ne sait jamais... en montagne. En arrivant à Sembrancher on voit passer quelques trailers attardés de la grande boucle qui ont encore beaucoup de chemin à parcourir alors qu'ils courent depuis 5 heures déjà. Toutes les têtes, dans le bus, se tournent pour les voir courir. La tension monte encore. Quand on arrive à La Fouly vers 10h30, on est aspiré dans l'ambiance de la course, la foule est au rendez-vous, la musique envoûte les spectateurs et les coureurs, les organisateurs nous racontent un tas de choses dans le micro. Le soleil cogne et chacun essaie de se trouver un petit lopin d'ombre. En attendant 12h, l'heure du départ, je flâne parmi les différents stand des annonceurs et sponsors qui présentent leurs produits, textiles, chaussures, aliments, etc. De temps en temps un coureur de la grande boucle traverse La Fouly sous un tonnerre d'applaudissements. Vers 11h30 le micro nous invite à pointer notre dossard et à attendre dans l'aire de départ...on y est.


Midi, c'est parti !

Habitant de la région, Florent Troillet, champion du monde de ski alpinisme 2010, vainqueur entre autres de la patrouille des glaciers et de la Pierra Menta et accessoirement vainqueur ici, l'an dernier, donne le départ. A peu près au même moment, le ciel, si bleu jusqu'à présent, vire au gris, puis au noir. Alors que le peloton s'étire gentiment en s'approchant de la première ascension, les premières gouttes tombent. Tout le monde espère que le scénario de la veille ne se répète pas.

Je pars sur un rythme tranquille, comme je me l'étais programmé. J'essaie au maximum de me recentrer sur moi-même, sur mon propre effort et d'occulter complètement les autres coureurs. En effet, je n'ai aucun repère sur ce genre de distance et de profil. La course va être très longue, ce serait une erreur de partir trop vite ou d'essayer de suivre un autre coureur. Dès que le peloton quitte la route pour s'engager dans le petit chemin qui va nous mener au col de Fenêtre, 1128 mètres plus haut, je me mets à marcher d'un bon pas en évitant de faire tout mouvement superflu. J'essaie au mieux d'économiser mon énergie. La pluie tombe un peu plus fort mais n'est pas trop gênante, au contraire, elle nous rafraîchit.


Mal au crâne

Après 1h43 d'effort, et un bon kilomètre dans la neige, j'arrive au sommet du col Fenêtre, à 2698 mètres d'altitude. J'ai une migraine insupportable. Je ne sais pas si c'est dû à l'altitude ou à l'effort mais dans le doute, je ne m'attarde pas au sommet, je vais essayer de perdre de l'altitude au plus vite. Faut dire que je ne me suis pas du tout entraîné en altitude. Je prends mon mal en patience et en arrivant au col du Grand St Bernard, 250 mètres plus bas, ça va déjà un peu mieux, d'autant plus que le premier ravitaillement nous attends. J'absorbe un peu de sucré (Coca, fruits secs, chocolat) et un peu de salé (pain, fromage, jambon).

Je ne m'attarde pas trop et attaque d'un bon pas, mais toujours en me retenant d'aller trop vite, le second col de la journée, le Col des Chevaux, qui n'est en fait que 200 mètres plus haut. La pluie commence à se calmer et mon mal de crâne aussi. Tout ça me donne des ailes, mais en arrivant au sommet du col on se retrouve face à un couloir de neige de 500 mètres de long qui ressemble plus à un toboggan qu'à un simple névé. Pas très à l'aise dans ce genre de terrain, j'essaie tant bien que mal de glisser en slalomant sur mes baskets. Là où certains dévalent la pente comme à Kitzbuehl, je fais la moitié du chemin sur les pieds, l'autre sur les fesses. Je réussis même à me tordre un genou lors d'une de mes innombrables chutes. Une fois en bas, le bilan est lourd, mal de genou, quadriceps en feu, adducteur également et beaucoup d'énergie dépensée sur une si petite distance. Heureusement, le chemin qui longe ensuite la vallée jusqu'à Bourg St Pierre est en faut plat descendant. Je me ravitaille beaucoup en sucre mais me rends compte que j'ai déjà brûlé beaucoup de cartouches. J'ai mon premier coup de mou de la journée. Mes jambes me font mal, le soleil cogne de nouveau, et ma vitesse chute brutalement.

Au lieu d'essayer à tout prix de courir, je décide de marcher, en attendant que ça passe. Tant pis si je me fait dépasser par une quarantaine de coureurs, ça finira bien par aller mieux. J'en profite pour admirer le paysage, qui cela dit en passant est absolument magnifique. Je longe le lac des Thoules et son barrage, tout en continuant à me réhydrater fréquemment. Peu avant Bourg St Pierre, je découvre avec joie que ma stratégie paie. En effet, je commence à me sentir mieux et dépasse certains coureurs qui m'avaient dépassés une demi-heure plus tôt.


Presque la moitié de faite

J'arrive à Bourg St-Pierre après 4h31? de course. Une foule de spectateurs enthousiastes nous accueillent. Là se trouve un gros ravitaillement; sucré, salé, bouillon, pâtes, saucisson, jambon, mortadelle, fruits secs, biscuits, chocolat et j'en passe. Je profite de tout, je me fais un bon geuleton campagnard et je dois dire que ça passe vraiment bien. Je reste environ un quart d'heure. Je vois quelques trailers qui ont des maux de ventre et n'arrivent pas à avaler du solide, certains n'arrivent rien à avaler du tout. Heureusement, mon estomac se porte à merveille. Je consulte ma feuille de route et constate que j'ai parcouru 27 kilomètres pour 1700m de dénivelé positif. La route est encore longue mais je me sens d'attaque. Avant de repartir, je remplis ma poche à eau d'un litre et demi d'eau et je lance un petit coup de fil à ma copine, qui est le meilleurs des ravitaillements...


Une montée interminable

Je repars en pleine forme et en courant. Seulement, 300 mètres après la sortie de Bourg St Pierre, nous quittons la route pour emprunter un chemin qui monte en direction de la cabane de Mille. J'essaie de courir encore un peu mais la pente devient trop importante, je me mets à marcher d'un bon pas. Je me dis que tant que ça va, je profite d'avancer le plus vite possible jusqu'à ce que ça n'aille plus. Je crois que c'est la meilleure stratégie.

Une pluie fine et rafraîchissante se remet à tomber. La monté est longue mais je suis à présent dans une sorte de transe qui fait que je ne me rends plus trop compte de la douleur physique et de la fatigue mentale, je suis en mode automatique. Je perds un peu la notion du temps. C'est un état que j'adore et qui me permet d'aligner des heures d'effort sans trop souffrir. Sauf que la cabane de Mille c'est un peu comme l'Eldorado des Conquistadores, plus on le cherche moins on le trouve... A mi-chemin, la pente s'adoucit et me permet même de courir à certains endroits, mais à chaque virage on croit arriver en haut alors que le chemin continue inlassablement. Ça y est, cette fois, je vois 500m plus loin le chemin qui passe sur une crête pour basculer sur une vallée adjacente. La cabane doit certainement être là, juste derrière. D'ailleurs, j'entends des spectateurs qui acclament les coureurs. Arrivé sur la crête, il n'y a rien... Rien d'autre que mon désespoir. Le chemin décrit un large demi-cercle à flan de coteau pour arriver environ 2 kilomètres plus loin sur une crête de la même configuration que celle sur laquelle je me trouve. La cabane serait donc là-bas? J'entends toujours les voix de manière assez distinctes mais le son porte énormément et fait écho d'un flan à l'autre. Je continue. J'ai envie de râler mais je me retiens. C'est vrai, personne ne m'a poussé à venir ici, et puis je préfère souffrir en plein effort dans un paysage somptueux plutôt que sur un lit d'hôpital terrassé par une maladie. Alors je me dis que j'ai énormément de chance et que d'autres rêveraient d'être à ma place. Perdu dans mes pensée, j'atteins finalement la cabane de Mille (2480m) à 19h21 après 7h21? d'effort depuis le départ et 2h50? d'une longue ascension depuis Bourg St Pierre.

A la cabane, nous avons droit à un bouillon des Dieux. Jamais je n'ai autant apprécié d'absorber du salé. Je l'accompagne avec quelques biscuit et quelques morceau de mangues séchées comme dessert. J'essaie de boire du Coca mais j'ai de plus en plus de peine avec le sucré. Je bois donc plusieurs verres d'eau salvateurs.


Descendre pour mieux remonter

Je quitte la cabane de Mille pour entamer la longue descente sur Lourtier, 1400 mètres de dénivelé négatif. Je me sens particulièrement bien mais mon esprit est tiraillé entre deux pensées. D'un côté je suis satisfait d'avoir parcouru les 2 tiers du parcours et d'un autre côté j'appréhende de plus en plus la prochaine et dernière ascension sur La Chaux. Je n'arrête pas d'entendre des coureurs autour de moi parler de cette montée infernale. J'essaie donc de réduire au maximum mes mouvements dans la descente pour ménager mes quadriceps et mes genoux mais rien à faire, la pente est tellement raide que j'ai les cuisses en feu. Que je descende en marchant ou en courant, les appuis sur mes jambes sont pareils, je dois retenir tout le poids de mon corps. Je parcours les deux derniers kilomètres en discutant avec un autre coureur, du coup la fin passe plus vite. La descente va tout de même durer 2h! Quand j'arrive à Lourtier (km 49) à 21h26, il fait encore jour mais plus pour longtemps. Il y a là une ambiance de folie. On sent que dans ce petit village du Val de Bagnes c'est jour de fête. Tout le monde participe au bon déroulement du ravitaillement et nous sommes acclamés de toutes parts. Ça me donne des ailes. Je reste ici une quinzaine de minutes en me ravitaillant beaucoup en prévision de la fameuse montée sur La Chaux. Bouillon avec pâtes, fruits, biscuits, etc. .


Tel Sisyphe

Je quitte Lourtier survolté. Je me sens prêt à affronter la dernière grosse difficulté de la course. La montée sur La Chaux c'est 1200 mètres de dénivelé en 5 km! Dès la sortie du village la pente s'élève comme un mur. Je sens que ça va être un défi en soi. Les premiers pas sont tellement durs que je dois constamment lutter pour ne pas m'arrêter. Je sais que si je commence à faire des pauses, je vais en faire tous les dix mètres. Je finis naturellement dans un groupe de 3 trailers et me cale sur leur rythme, ça m'aide énormément à avancer. Je sens que mes compagnons de route sont dans le même état que moi, il luttent pour ne pas s'arrêter. Tacitement on en vient à se guetter pour voir lequel va s'arrêter en premier. Ça nous aide énormément.

Soudain, celui qui était en queue de file s'arrête. On ne se retourne pas mais on sait qu'il s'est arrêté, on n'entend plus son souffle. Celui qui évolue en tête finit par nous demander "il s'est arrêté celui qui était derrière?" Je réponds que oui. Le deuxième dit alors "Et bien moi je ne vais pas tarder aussi". Ça y est, voilà qu'on s'entraîne tous vers le bas! On marche encore 2 minutes puis on s'arrête les trois, en prétextant qu'on doit chercher notre lampe frontale dans notre sac. Ce qui finalement paraît être une bonne excuse, car la nuit est à présent complètement tombée. Cette pause ne m'arrange pourtant pas vraiment, je commençais à me sentir bien et à avoir un rythme régulier, d'automate. Je décide donc de fausser compagnie et de repartir après 30 secondes de pause. Mes compagnons me disent qu'ils vont se reposer encore un peu. A nouveau seul, l'effort devient 100% mental. J'ai l'impression d'être Sisyphe qui roule son rocher vers le sommet sans jamais l'atteindre. Le seul point positif que je vois est que, de nuit, je ne vois pas le sommet, je ne peux ainsi pas me faire de fausses illusions comme à la cabane de Mille.

Aux deux tiers de la montée, je me rends compte tout à coup que je ne vois plus aucune lampe frontale ni derrière, ni devant moi. Je suis pourtant toujours sur un chemin. Je repère au mieux les rubalises et il me semble bien en avoir vu une une centaine de mètres en arrière. Mais petit à petit je me retrouve dans une espèce de marre à boue. J'hésite à rebrousser chemin mais trouve par terre une casquette qu'un concurrent à perdu. Ça me rassure, je me dis que je suis sur le bon chemin. Je continue à m'embourber, jusqu'à ce que je ne puisse plus avancer. C'est alors que je comprends que le concurrent a perdu sa casquette en rebroussant chemin. Je me résigne donc à revenir sur mes pas. J'aurais finalement fait un détour de 500 mètres ce qui est énorme dans ce genre de profil.

Je rejoins donc le bon chemin et retrouve d'autres concurrents qui soufflent et luttent contre la gravité. Cette situation me fait presque rire, j'ai l'impression de faire partie d'une colonne de prisonniers en plein travaux forcés. Je me dis qu'on est vraiment des masochistes. Le dernier kilomètre est vraiment très dur, je fais une pause de 15 secondes à peu près tous les 100 mètres.

A 23h32, après 2h06? de montée depuis Lourtier et après ce qui est probablement l'effort physique et mental le plus intense que j'aie jamais fourni, j'arrive finalement à La Chaux où un petit ravitaillement nous attend. Je commence à sentir une joie immense m'envahir. Les bénévoles nous annoncent qu'il ne reste que 7 kilomètres de plat et de descente jusqu'à Verbier. Je sais désormais que cette course je vais la terminer. Je me ravitaille néanmoins correctement pour assurer dans la dernière descente. Ça fait à peine 5 minutes que je me suis arrêté et un froid intense m'envahit. J'ai l'impression d'être en hypothermie. Je sors vite mon pull et mon imperméable, la nuit commence à être fraîche. Je repars en courant pour me réchauffer au plus vite.


Le Graal

Après un kilomètre de plat qui m'a un peu réchauffé, j'entame la descente sur Verbier. 850m de dénivelé négatif m'attend. Malgré l'euphorie qui me gagne, ça va être dur, surtout que mes jambes commencent vraiment à être à bout. J'essaie d'être le plus prudent possible, de nombreuses racines passent en travers du chemin. Ça serait trop bête de me blesser si près du but. Mes jambes brûlent et je grille en un rien de temps les calories et le sucre que j'ai absorbé à La Chaux. Je bois quelques gorgée d'eau de ma poche à eau mais constate que celle-ci est vide. Je n'ai plus rien à boire et la soif commence à me ronger! Plusieurs fois je manque de tomber, j'ai perdu beaucoup de lucidité dans cette fin de parcours. Je ralentis encore le pas pour éviter les blessures et me fais dépasser par quelques coureurs.

Comme tout à l'heure, je me retrouve de nouveau seul, plus aucune frontale en vue. Me suis-je de nouveau perdu? Non, c'est bon, je vois une rubalise là bas au loin. Je quitte le sentier pour rejoindre une route carrossable et me dirige vers cette rubalise qui brille à la lueur de ma lampe. Mais cette rubalise est bizzare, elle bouge! En me rapprochant, je constate qu'elle n'est pas rectangulaire comme les autres mais qu'elle est faite de deux points brillants. C'est en fait un animal qui m'observe de ses deux petits yeux curieux! Certainement un renard. Mais où sont donc les rubalises? Ça y est je crois que je me suis de nouveau perdu! Tout à coup je vois au loin un frontale qui palpite dans la nuit. Je cours en me dirigeant vers celle-ci et en rejoignant ce concurrent, je me rends compte que j'ai à nouveau fait un détour, peut-être 3 ou 400 mètres. Tant pis, maintenant je vois les lumières de Verbier juste là derrière les derniers arbres de la forêt.

Je discute en courant avec le concurrent que j'ai rejoint. Il a fait le grand parcours de 110 km et l'en félicite. On décide de finir la course ensemble, on donne tout ce qu'on a, on se sent voler en entrant dans les rues de Verbier. En passant dans une des rues principales, un groupe d'enfants se met à courir avec nous en nous encourageant. Je leur dis de courir avec nous jusqu'à l'arrivée. Ils sont fous de joie et courent comme des fusées. On parcourt les 800 derniers mètres à 17 -18 km/h. Les 100 derniers mètres sont incroyables, une foule en délire nous applaudit et je passe la ligne d'arrivée main dans la main avec mon compagnon de route et les enfants. Les photographes nous mitraillent. J'ai l'impression d'avoir terminé premier de la course alors que je suis classé 295ème en 13h07?! C'est incroyable l'ambiance qu'il y a alors qu'il est 1h07 du matin! Je vis là un moment que je n'ai jamais rencontré sur aucune course auxquelles j'ai participé. Si c'est ça qu'on appelle "l'Esprit Trail" et bien j'en redemande. Je tenterait bien le grand parcours l'année prochaine mais avec un peu plus d'entraînement.

L'arrivée


Photo finishers